Le cinéma nous bouleverse, le cinéma nous éblouit, le cinéma transcende, mais surtout, comme toutes les passions, le cinéma nous rassemble. Il nous a réunis dans ce projet d’écriture de critique.
Alors que nous apprenions de la prose d’André Bazin, Jean Douchet, et Clémentine Gallot, alors que nous lisions les revues de Dziga Vertov, Louis Séguin et Murielle Joudet, nous avons créé le BlogBuster afin d’écrire sur les œuvres cinématographiques qui nous émeuvent.
Notre collectif est composé de neuf étudiants en cinéma qui échauffent, entraînent, améliorent et perfectionnent leurs plumes, en partageant les films et les séries qui les animent avec pour seule prétention : transformer les plaisirs en mots. Voici notre laboratoire public d’écriture.
Sans ligne éditoriale uniformisatrice, la pluralité de nos voix et de nos approches seront mises en avant, sans jamais être bridées, dans diverses rubriques. Nous allons confronter nos avis, appréhender d’autres points de vues, et apporter nos retours post-visionnages sous différentes formes ; écrites comme audiovisuelles. Nous essaierons de proposer le contenu le plus accessible possible.
Rendez-vous trois fois par semaine à 18:00.
En espérant que cela vous encouragera à échanger avec nous sur les œuvres.
Pour que le cinéma nous unisse, vous et nous, par sa richesse et sa splendeur.
Grand vainqueur de la cérémonie des Oscars 2017, le long-métrage de Barry Jenkins a su, dès sa sortie, bouleverser le jury autant que le public. J’ai vu Moonlight très récemment et je ne peux que confirmer toutes les louanges dont il a fait l’objet. Le film illustre, en trois chapitres, trois périodes de la vie de Chiron, un jeune afro-américain issu d’un quartier pauvre de Miami. Durant son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, nous le voyons se questionner sur sa sexualité et sur son identité tout en surmontant les difficultés liées à son environnement.
La réalisation de Moonlight ne se démarque pas par son inventivité. Si certains ralentis et travellings sont particulièrement travaillés, elle reste relativement traditionnelle. Elle expose bien plus qu’elle ne dénonce mais sait cependant accéder à l’intimité sans jamais glisser vers le voyeurisme. Les personnages évoluent sous le regard bienveillant de la caméra, et nous touchent donc d’autant plus qu’ils nous semblent proches.
L’esthétique du film, elle en revanche, nous éblouit et s’impose comme l’extension du récit : aussi violente qu’elle est poétique. Grâce à l’utilisation du bleu, du violet et du noir, James Laxton, le directeur de la photographie, crée un triptyque de couleurs accompagnant Chiron dans le triptyque de son histoire. Chacune des couleurs pourrait endosser plusieurs significations différentes. À l’aide de lumières ou de sources extérieures (l’eau, la nuit, les néons…), Laxton parvient à baigner le personnage principal dans ces multiples ambiances, véritables métaphores de ses états d’âme. Il utilise ainsi l’esthétique pour donner vie à l’intériorité de Chiron.
Les acteurs contribuent grandement à la proximité avec le spectateur. Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, qui interprètent Chiron à différents âges, parviennent à allier leurs individualités avec l’identité du personnage. Tous révèlent à leur manière la sensibilité de Chiron, que ni la violence ni le silence ne pourra effacer. Dans Moonlight, les personnages secondaires ont une importance capitale. Si Naomi Harris est bouleversante dans sa figure de mère droguée, Mahershala Ali comble le casting en incarnant un mentor paternel pour Chiron. Ses apparitions, peu nombreuses, suffisent pour émouvoir, mais aussi pour questionner. Les rares dialogues sont toujours pertinents, et comme dans tant d’autres bons films, les silences sont souvent les plus parlants.
En plus de prendre à revers de nombreux clichés sur les Noirs aux États-Unis, Moonlight parle de l’homosexualité d’une manière aussi intelligente qu’elle est libératrice. En mettant ainsi en scène l’intersectionnalité (la mise en commun de différentes discriminations sociales), Barry Jenkins prouve que ce genre de récit fait cruellement défaut au cinéma d’aujourd’hui. Le réalisateur parvient à confronter le spectateur en usant de violence autant que de poésie. Grâce à son esthétique, à sa réalisation, à sa musique, Moonlight transcende le simple parcours de Chiron en mettant en lumière les luttes de tous ceux et celles qui pourraient se reconnaître en lui.
Si la forme de ce film est donc un pari gagné, le fond illustre un combat qui ne l’est pas encore.
L’univers de Mathias Malzieu est l’une des plus belles choses que j’ai pu découvrir dans ma vie. Depuis son livre Maintenant qu’il fait tout le temps nuit sur toi (que je vous conseille) et l’incroyable Jack et la mécanique du cœur, en passant par Journal d’un vampire en pyjama, Mathias nous fait ressentir la vie comme on ne l’aurait jamais imaginée auparavant.
Alors, évidemment, lorsque Une sirène à Paris est sorti en livre ainsi qu’en film, je me suis empressée de le voir dès la réouverture des cinémas. Et si je peux vous donner ne serait-ce qu’un seul conseil, que vous soyez habitués à son style ou non : foncez !
On y retrouve toutes les cartes de son univers avec une touche de nouveauté qui se ressent à travers l’écriture mais qui est très bien placée à mon goût. En plus d’être un musicien talentueux (si vous n’écoutez pas déjà Dionysos, qu’attendez-vous ?), il est un réalisateur et un écrivain incroyable. L’album sorti pour l’occasion colle parfaitement avec le film et les musiques à elles-seules sont sublimes (mention spéciale à Panna cotta girl, Le chêne ainsi que Voler en amour). Si vous êtes sentimental.e ou loufoque, vous ne pourrez qu’adorer, Dionysos est fait pour vous.
L’histoire est simple : Gaspard, grand enfant au cœur brisé, travaille au FlowerBurger, un restaurant sur une péniche au bord de la Seine. Lorsque Lula, une sirène – qui fait mourir les hommes lorsqu’elle chante – échoue sur le rivage, Gaspard décide de la ramener chez lui, et en tombe éperdument amoureux.
Une sirène à Paris, c’est un conte de fée contemporain, une ode à l’enfance et à l’imagination, un amour des hommes comme de la vie, même dans ses plus sombres moments. Certains personnages sont d’ailleurs appelés des « surprisiers », ce qui, en plus d’être le titre de l’album, est défini comme : «ceux dont l’imagination est si puissante qu’elle peut changer le monde… du moins le leur, ce qui est un excellent début ». Tous les Hommes devraient être des surprisiers, et Gaspard l’a très bien compris.
Rapetisser devant l’immensité du monde, s’exposer au sublime. Vérifier la houle comme on vérifie son courrier, partir pour se retrouver. S’inventer de nouveaux souvenirs. Se donner les moyens d’être surpris. Imaginer et travailler dur pour réduire l’écart entre rêve et réalité. Souder. Se souder. Résister. Ne plus se contenter de regarder, apprendre à voir. Trouver. Se retrouver. Se perdre. Perdre. Donner. Recommencer. Vivre en accéléré pour tenir en équilibre entre le futur et le passé.
Ce film est utile. Il nous aide à trouver le courage de rester nous-même, de vaincre nos anciens démons et de réussir à dire au revoir au passé malgré la difficulté d’accepter que le temps avance (ce que Gaspard a beaucoup de mal à faire). Mais, même en devenant adulte, il ne faut jamais laisser tomber notre enfant intérieur.
Foncez voir ce film qui vous sera d’une grande utilité et qui apportera un moment de douceur enfantin dans votre vie, même en abordant des thèmes bien plus sombres. Mathias Malzieu mélange la tristesse et la gaieté avec une justesse folle, et j’ai hâte d’embarquer à bord de son carrousel pour de nouvelles aventures dans l’avenir qui, j’en suis sûre, seront tout aussi féeriques.
Je terminerai ma critique par une citation d’Antoine de Saint-Exupéry qui correspond parfaitement à la morale du film : «Toutes les grandes personnes ont été des enfants, mais peu d’entre elles s’en souviennent ».
Lors du festival Télérama de 2018, j’ai découvert Zimna Wojna (Cold War), film en noir et blanc, de Pawel Pawlikowski au cinéma le Cratère à Toulouse (95 grande rue Saint-Michel à Toulouse / à 2min à pied de l’arrêt Saint-Michel sur la ligne B – un des meilleurs cinéma d’art et d’essai toulousain). Il raconte une histoire d’amour immense entre Wiktor, un musicien, et Zula, une chanteuse, tous deux polonais en 1950 s’étant connu lors que le Parti recrute de force des artistes pour un spectacle de propagande. Difficile de résumer un tel film voguant à travers les pays, traitant de la lutte personnelle et patriotique.
Le scénario est incroyable et surtout minutieusement travaillé, à l’image de l’esthétique du film – propre aux œuvres de Pawlikowski. Des plans fixes où les personnages sont décentrés, voire dans les angles, laissant beaucoup de vide et d’espace pour aérer, des hors-champs où les personnages disparaissent souvent.
Toutes les scènes brillent de leur force d’exister. Toutes ont un intérêt et c’est dans l’absence de toute scène superflue que nous le remarquons. Un des instants qui me l’a fait réaliser est quand Zula a dit à Wiktor qu’elle trouvera un moyen de le sortir d’une situation, et que la scène suivante le problème de la situation était réglée. Comme ce souci était annexe, il ne méritait pas un développement sur sa résolution pourtant mentionner cette épreuve servait au scénario.
C’est une expérience toute particulière bercée par la mélodie des langues de l’Est que je vous conseille. Actuellement sur Canal+, c’est une séance qui demande toute votre attention mais qui vous offrira des souvenirs inoubliables.
28 minutes. C’est le temps qu’il faut à La Jetée pour marquer le cinéma de science-fiction pour toujours. Pour raconter l’amour du temps et le temps de l’amour.
Le film s’ouvre sur la jetée, ou plus précisément, sur le souvenir de la jetée, tout en photographie. Car ce qui frappe avecce film, c’est l’efficacité de sa forme, de ses photos sur lesquelles viennent se poser la voix-off omnisciente de Jean Négroni. Quoi de mieux pour symboliser le temps qui passe, que l’éternité de l’image fixe ? Les souvenirs paraissent d’autant plus réels car hors du temps, figés sur la pellicule, comme figés dans la tête du héros.
La jetée inanimée donc, qui dans un paradoxe poétique presque ultime représente la quintessence de l’anima, l’archétype de la femme vue par l’homme.
A une époque où les images abondent, il devient indispensable de découvrir ou redécouvrir ces expériences cinématographiques de roman-photo, l’immobilité comme celle de la première image jamais créée par l’Homme.
C’est redécouvrir aussi un scénario pur, cyclique, qui aborde une complexité infinie dans une forme narrative épurée. Un scénario cyclique, dont on retrouve d’ailleurs des influences aujourd’hui, notamment dans la série Netflix allemande Dark.
La Jetée est un indispensable, le film le plus connu de celui qui disait de lui-même : « Chris Marker, the best known author of unknown movies. »
C’est vivre, enfin et surtout, l’émotion devant la jetée vide au 16ième jour.
– Mais non… la France est entrée en guerre en septembre, moi je te parle de février 1939.
Par vagues émotives, le grand père de Valentin, adolescent de notre temps, raconte février 1939. À ce jeune homme passionné de dessin, il fait vivre sa propre jeunesse. Serge est alors gendarme dans les camps délimités pour les républicains espagnols réfugiés en France après la victoire de Franco à Barcelone. Il y rencontre Josep Bartoli, l’un de ces réfugiés, lui-même dessinateur et qui deviendra, des années plus tard, l’amant de Frida Kahlo.
Ici, une nouvelle fois, le cinéma d’animation prend le rôle de merveilleux conteur, fidèle à ces gens dont il transmet l’histoire. Sans limite, Aurel et ses dessins nous plongent dans un passé sombre grâce à quelques coups de crayon, eux-mêmes hommages à ceux du héros, avec une maîtrise virtuose de l’ombre. Les camps insalubres, la faim, la dépression et la mort envahissent l’image, violente comme seule l’animation peut la montrer.
D’une minute à l’autre, pourtant, tout devient lumineux, la couleur envahit l’écran, et c’est cette alternance qui arrache à chaque instant des larmes de joie ou de tristesse au spectateur. Serge est complice à son insu d’un système laid, profondément raciste, qu’il peine, comme tant d’autres, à dénoncer pleinement. Devenu vieux, il reconnaît cette part de lui et incite son petit-fils à faire de même. Ainsi, alors que Valentin s’emballe – il préfère un coup de théâtre dans lequel son aïeul serait Josep, ayant volé le nom de Serge – le grand-père décline : on ne peut pas tous être justes ou talentueux, l’histoire décide. Il était bien gendarme français complice d’un régime violent, il l’assume.
C’est du grand cinéma que nous proposent Aurel et Serge, en plus d’un pan d’histoire, comme un tableau manquant à une exposition, qu’on vient un jour lui rendre.
La femme d’à-côté, sorti en 1981, résume à lui seul le talent qu’avait Truffaut de toucher l’individuel grâce à l’universel.
Dans un village de la campagne grenobloise, Bernard et Arlette accueillent avec joie l’arrivée de leurs nouveaux voisins, Mathilde et Philippe. Très vite, Bernard et Mathilde se reconnaissent : ils ont été amants plusieurs années auparavant. Ces retrouvailles, qui s’annoncent tumultueuses, sont contées à l’écran par une autre habitante du village : Mme Jouve.
La réalisation, si elle n’est pas particulièrement innovante, parvient à nous emporter dans sa fluidité. Elle suit et illustre à merveille les différents personnages, en se posant sans voyeurisme ni jugement au creux de leurs passions, de leurs doutes et de leurs souffrances. Cette intensité, qui nous rend l’intrigue si réelle, est portée à l’écran par Fanny Ardant et Gérard Depardieu. Splendides tous les deux, je dois avouer que ce dernier m’a particulièrement bouleversée.
Lui qui m’avait convaincue dans Le Dernier métro, démontre à nouveau son talent d’acteur dans La Femme d’à côté. Entre assurance et vulnérabilité, il incarne à merveille cet homme marié que les braises du passé viennent douloureusement consumer. En dépit de ce charisme imposant, il parvient toutefois à laisser de la place à sa partenaire de grand écran, Fanny Ardant. Si son timbre de voix si particulier pourrait en agacer certains, il faut reconnaitre que celui-ci se fond complètement dans la personnalité de Mathilde. Ardant utilise à bon escient son aura mystérieuse afin de faire vivre son personnage.
La seule critique qui pourrait être formulée à l’encontre de ces deux protagonistes est le manque d’émotions qui nous les rend parfois distants. Malgré la passion de leurs dialogues corporels et la véhémence de certains de leurs échanges, ils restent bien souvent entravés par la froideur de leur charisme. J’aurais aimé peut-être les rencontrer plus enfantins dans l’adultère.
Comment parler des personnages sans parler de Mme Jouve ? Rarement un personnage secondaire ne m’aura autant bouleversée. Son rôle transcende amplement celui de la simple narration et son importance capitale pourrait se résumer à son omniprésence temporelle : en transmettant les leçons du passé, elle soulage les tumultes du présent tout en annonçant subtilement les couleurs de l’avenir. Elle semble parler aux personnages et aux spectateurs ; elle les met en garde sans jamais devenir moralisatrice.
Les autres personnages secondaires sont également bien écrits -Roland notamment- même si un peu plus de profondeur aurait été appréciée chez les conjoints respectifs de Bernard et Mathilde.
Le fil scénaristique que suit La femme d’à-côté est sûrement exploité depuis la nuit des temps. Pourtant, Truffaut parvient à se l’approprier et à en faire un récit aussi moderne qu’il est intemporel. Chaque détail, chaque évolution de personnage, chaque dialogue sonne juste. Jusqu’à la fin, explosive, le réalisateur a su construire son récit afin qu’il résonne en chacun de nous.
La Femme d’à-côté est un très bon film de François Truffaut. Assez conventionnel dans sa mise en scène, mais percutant cependant dans son esthétique et dans sa narration. Ce long-métrage, qui fut l’avant-dernier du réalisateur, réussit l’exploit de parler au personnel en racontant l’universel.
Derrière nos écrans de fumée est un docudrame de Jeff Orlowski diffusé sur Netflix depuis le 09 septembre. De par les interviews des personnes ayant travaillé pour Google ou Facebook, il raconte comment et pourquoi nous sommes tous obsédés par les réseaux sociaux et comment ils parviennent à nous rendre addict.
Dans le documentaire de Orlowski, comme je l’ai écrit, il est question des réseaux sociaux mais surtout des utilisateurs, à savoir, les 13 – 25 ans. Depuis leur création, le taux de suicide chez les adolescents a fortement augmenté. Chacun cherche à devenir célèbre via Instagram, Twitter ou encore TikTok. Pour devenir connu, n’importe quel moyen est bon, les utilisateurs tentent de se mettre en valeur pour créer le buzz ou diffuser une vidéo ou photo qu’ils estiment « marrante » de quelqu’un d’autre. Mais en créant le buzz, beaucoup se retrouvent critiqués et menacés. Ne pouvant plus supporter la pression, certains mettent fin à leurs jours.
Le documentaire met intelligemment en scène l’addiction des applications en mettant en parallèle les interviews accompagnée d’une fiction sur une famille avec trois enfants : une grande sœur anti-réseaux ; le frère addict et la petite sœur très influencée, qui passe son temps sur son téléphone.
Dans une scène très marquante, nous voyons lors d’un repas tous les membres de la famille (sauf la grande sœur) sur leurs téléphones. La mère décide d’enlever les écrans à table grâce à une boîte qui se ferme par un minuteur. Après que les adolescents aient mis leurs téléphones dans cette fameuse boîte, la plus jeune, en manque (oui, pour littéralement 5 minutes), se lève et la casse pour récupérer son smartphone et s’enfuir dans sa chambre.
Derrière nos écrans de fumée m’a fait prendre conscience de la dépendance aux réseaux sociaux qui est une addiction aussi grave que certaines drogues, excepté que cette « drogue » est légale. Et comme la drogue, lorsque les addicts ne sont pas en contact avec, ils en perdent le contrôle et deviennent dépressifs voire violents. Je ne suis pas vraiment une grande fan de documentaire, mais avec ces petites scènes fictionnelles (bien-sûr exagérées, enfin je l’espère), le message a plus d’impact et nous aide à prendre encore plus en considération ce que nous vivons tous. Avec des données alarmantes, comme par exemple 5 heures par jour en moyenne sur son téléphone, avec 3 heures rien que sur Instagram, le docudrame fait passer extrêmement bien le message.
Avec ce re-confinement, prenez soin de vous, évitez de passer votre temps sur les réseaux sociaux. Si vous voulez limiter votre consommation, il existe, dans les paramètres de Instagram et Tiktok des options permettant de bloquer votre temps sur l’application (pour Tiktok) ou bien de vous envoyer un message (pour Instagram).
La première fois où j’ai posé les yeux sur la bande-annonce d’une nouvelle adaptation de His Dark Materials (À la Croisée des Mondes en français) m’a beaucoup émue. J’ai grandi en suivant les aventures de Lyra, Pan et Will à-travers la saga épique écrite par Philip Pullman. Voir une série consacrée à cet univers qui m’est chère, et en plus produite par l’auteur lui-même ? Le rêve paraît trop vrai, une nouvelle fois. Un doute s’installe devant ces belles images: Lyra avec son air farouche et imprévisible, un Pantalaimon magnifique, un Lord Asriel interprété par James McAcoy… Iroek splendidement mis à l’écran. Mrs Coulter et son singe. Tout a l’air trop beau, trop fidèle pour être réel.
Pourtant je n’ai jamais été aussi hypnotisé qu’à l’instant où j’ai découvert le générique d’ouverture: en tant que fan, voir l’attention mise aux détails (la poussière créant les anges, l’aléthiomètre, les mondes entrecroisées, le poignard subtil…) m’a tout simplement chamboulé de l’intérieur. La musique, écho de cloches et de scintillements sonores, est d’autant plus adaptée à la poussière dorée qui nous résume l’histoire; de quoi faire vibrer tous les fans afin d’oublier la cruelle adaptation en film de La Boussole d’Or sortie il y a quelques années.
Les plans sont empreints d’une beauté sombre et dépeignent bien l’ambiance ténébreuse de cet univers, alternant entre des tons verts, gris, bleus et marrons assez désaturés qui rappellent la cruauté d’un monde où les enfants sont tués pour leur innocence.
Lyra, jouée par Daphne Keene, n’aurait pas pu trouver meilleure interprète que cette dernière tant elle incarne cette héroïne têtue mais pourtant si intelligente pour son jeune âge. L’épée de Damoclès appelée Magisterium est présente en entité puissante, effrayante, et rappelle subtilement les questionnements théologiques de l’œuvre originale. Nous alternons entre les mondes, les livres et les histoires avec aisance, malgré peut-être un empressement de faire entrer en scène le tome deux (La Tour des Anges) avant l’heure. Cela soulève des questions et nous en attendions davantage quant à certains personnages (Seraphina, Will…) qui auraient pu nécessiter une caractérisation plus profonde. A voir dans la saison suivante…
Je ne peux que recommander cette aventure épique et fantastique aux fans du genre. Le plongeon dans le monde de Philip Pullman est une aventure dont on ne ressort pas indemne tant elle nous fait nous questionner sur les thématiques de la religion, de dieu, de la place de l’être humain dans le monde et les prétendus démons et anges qui pourraient nous entourer ou nous guider. Ainsi que le Mal qui existerait déjà en chacun, même dans ceux et celles qui se prétendent appartenir à la « lumière »… Petit plus pour le jeu d’acteur de Ruth Wilson, qui incarne Mrs Coulter avec une justesse impressionnante dans ce cast de haut vol tant les talents sont présents. Un applaudissement est mérité pour l’équipe des effets spéciaux, qui a su adapter les daemons et les ours avec beauté et présence malgré un manque de personnalité chez Pantalaimon, qui aurait mérité plus de discussions de par son rôle beaucoup plus important dans la série de livres.
J’attends la Saison 2 avec impatience, et j’ai hâte de découvrir la rencontre entre Lyra et Will. Cette saison 1 servait d’introduction aux divers mondes, j’espère que les suivantes nous feront concrètement plonger à l’intérieur telle nous le promet la scène finale en apothéose, quitte à rencontrer des spectres… ou des anges aux intentions douteuses.
Parler de Scarface est un très grand défi. C’est s’attaquer à un monument du cinéma. Pour rentrer tout de suite dans le vif du sujet, ce film mérite haut la main d’être appelé comme cela.
Scarface nous raconte l’histoire d’Al Capone (ici Tony Montana), un des plus célèbres gangsters américain du XXème siècle, qui fait fortune dans le trafic d’alcool et de contrebande dans les années 1920.
Interprété par Al Pacino, le film n’aurait pas pu avoir meilleur acteur pour ce rôle. Mais il ne s’arrête pas là. Nous retrouvons un palmarès d’acteurs absolument fantastiques tels que Steven Bauer, Robert Loggia ou encore Michelle Pfeiffer. Tous jouent leurs rôles avec une grande justesse et une grande habileté.
Certains trouveront peut-être ce film trop gros, trop long, ou même trop facile, mais si vous aimez ce genre d’histoire, vous ne pouvez qu’adorer celle-ci. En plus de la qualité de l’image et des acteurs, l’histoire est incroyablement bien amenée et nous plonge au cœur d’un univers que nous ne connaissons que trop peu.
Scarface, c’est une revanche sur la vie, c’est un coup de poing en pleine figure, c’est la dureté de la réalité, mais c’est surtout une morale qui vous dira « ne lâchez pas ».
Dans ce film, un dialogue apparaît entre Chico, l’ami de Tony, et Tony. Ce dernier lui dit : « Toi, tu peux apprendre, moi je veux posséder ce qui me revient. » ce à quoi son ami répond : «Et qu’est-ce qui te revient à toi, Tony ? », « Le monde, Chico, et tout ce qu ‘il y a dedans ». C’est ça, Scarface. C’est tout tenter , peu importe le prix, peu importe les retombées, suivre son instinct.
Attention, je ne vous dit pas de devenir baron de la drogue, ni de tomber dans des excès car c’est ça qui ruine tout ce qu’on peut accomplir. Ici, le message du film serait plutôt : “Ne lâche rien, mais ne te perds pas ” car se perdre, c’est échouer.
Je vous conseille donc vivement ce film, qui ne vous laissera pas de marbre, et qui va vous transporter dans son monde, encore bien trop inconnu.
Si Pedro Almodóvar est un de mes réalisateurs favoris, rédiger un article à son propos était inévitable. Cet homme né en 1945 est l’un des cinéastes phares de la nouvelle vague espagnole ; on reconnait sa patte notamment à sa façon de mettre en scène des décors colorés, à sa dramaturgie des relations amoureuses – souvent homomasculines –, aux personnages masculins créateurs ainsi qu’aux féminins qui lui servent de béquille. Il va sans dire qu’il n’a pas une approche féministe dans ses récits, les femmes sont le plus souvent des mères ou des assistantes voire des amantes de passage et peinent à exister au-delà de ces cadres. Ce ne sont pas des œuvres que je regarde en espérant me retrouver représentée, mais pour leurs esthétismes incroyables (intérieurs rayonnants) et sa façon de raconter l’âme créatrice. Évoquer quatre de ces œuvres me permet de parler plus largement de ses films, d’en citer plusieurs en espérant que cela vous donnera le goût d’en découvrir quelques-uns.
• La Ley del Deseo(FR : La loi du Désir, 1986)
Tenu en haleine tout au long du film, le spectateur en sait bien plus que les personnages et les voit, à la manière d’un thriller, succomber. Pablo Quintero est cinéaste et écrivain, il profite de sa popularité pour se livrer à une sexualité débridée, malgré son petit-ami, jusqu’à sa rencontre avec Antonio, un de ses fans, qui dicte la nouvelle loi du désir. Dès la première scène, le ton est donné : la nudité et le sexe apparaissent sans alanguissement. C’est le rapport à la célébrité dans les relations qui y est abordé, avec cette thématique de l’adulateur obsessionnel.
• Tacones Lejanos (FR : Talons Aiguilles, 1991)
La notion de l’art est toujours présente à travers Becky del Paramo, une chanteuse qui a connu la gloire et une vie sentimentale comme sexuelle dont elle voulait profiter au point d’abandonner sa fille Rebeca ; avec qui elle tente de renouer quinze ans après, à l’occasion d’un concert d’adieux – prétexte pour revenir à Madrid et panser les plaies du passé, car elle se sait atteinte d’une maladie cardiaque qui lui causera une mort prématurée. Ses intentions sont bousculées par la découverte du mari de Rebeca, un ancien de ses amants qui n’hésite pas à lui faire des avances avant d’être assassiné. L’intrigue policière ne m’a pas marqué comme la narration de la relation mère-fille. Poussées jusqu’au vice, les deux femmes s’épuisent à contrôler la nature de leurs sentiments. C’est un combat intérieur entre rancœur, jalousie, colère et amour malgré tout présent qui se livre en elles et entre elles. Lutte montrée par une caméra vive, presque instable, et des changements nombreux, voire lunatiques, de valeur de plans et de personnage central. Ici aussi, Becky semble divisée en plusieurs êtres : la mère, la célébrité, mais se réunissent artificiellement en Letal, un travesti imitateur, avec lequel Rebeca est devenue proche.
• Los Abrazos Rotos (FR : Les étreintes brisées, 2009)
Ici, c’est la distinction entre l’homme et le créateur qui est mise en jeu. Elle est poussée jusqu’à faire naître l’ambigüité sur la possibilité qu’il s’agisse de deux personnes distinctes grâce à un autre nom utilisé pour signer ses scripts et cette phrase prononcée en voix off dès le début « J’ai toujours voulu vivre deux vies au sein de la mienne ». Le propos n’est pas dans le débat ‘‘doit-on séparer l’œuvre de l’artiste ?’’, mais dans un rapport plus intime à notre art : suis-je l’artiste quand je ne crée pas ? Est-ce que ces « je » font référence à la même personne ? Dans une intrigue découpée par époque, il y peint le portrait d’un homme nommé Mateo Blanco qui se perd dans ses identités et décide de vivre avec son nom de scénariste d’Harry Caine.
• Dolor y Gloria (FR : Douleur et Gloire, 2019)
Au-delà d’une esthétique incroyable, c’est tout l’enjeu du rapport entre la muse et le créateur qui y est scénarisé avec virtuosité dans un découpage en chapitre. L’art existe à travers les temps et les époques, ne connait aucune mort. Dans le cadre d’une histoire, qu’elle soit portée au théâtre dans la littérature ou au cinéma, il en est de même pour son auteur.e et ses characters. Qu’arrive-t-il lorsque le personnage inventé, parfumé d’une personne autrefois aimée, rencontre son fantôme ? Salvador Mallo est un cinéaste, scénariste et réalisateur, dont les effluves du passé vont et viennent, levant le voile sur la fine limite entre la réalité, les souvenirs et l’art qui en découle. On dit de ce long-métrage qu’il s’agit du plus personnel de Pedro Almodóvar.
Avez-vous vu ces œuvres-là ? Qu’en avez-vous pensé ? Je suis curieuse de connaître de votre Almodóvar favori et d’en parler avec vous.