
Une critique d’Angèle Bourdrez
Nous voici plongés en 1917, au cœur de la Première Guerre Mondiale, auprès de deux héros sommés d’accomplir une mission irréalisable. Une mission qui, malgré toutes ses difficultés, paraîtra plus aisée que celle de nous faire rester. En effet, entre la beauté plastique et le talent narratif, le réalisateur Sam Mendes semble avoir choisi son camp et ce, aux frais d’un énième film de guerre dont on se serait bien passé : 1917.
Les deux acteurs principaux, presque méconnus du grand public, font les frais d’une écriture trop pauvre, presque aseptisée. Les dialogues sont paresseux et les interactions entre les personnages accomplissent l’exploit d’être à la fois avares et superflues. Ces deux protagonistes luttent pour leurs vies mais aussi, semble-t-il, pour pouvoir exister à l’écran ; leurs quelques blessures ne suffisant malheureusement pas à les rendre attachants.
L’alternance entre malchance tragique et invincibilité comique est bien trop grossière pour que nous ressentions l’immersion recherchée. Par ailleurs, le rôle non contrasté donné aux Allemands ne fait qu’accentuer ce manque de réalisme. L’absence de nuances et le manichéisme de ce film de 2019, sont d’autant plus déplorables qu’ils avaient été évités dans La Grande Illusion, de Renoir, un film réalisé vingt ans seulement après la Première Guerre Mondiale. Ces nuances et ces contrastes étant évidemment présents dans les choix de direction artistique, il est une nouvelle fois regrettable que la répartition n’ait pas été plus équitable.
Pour ne pas trahir ses incohérences, 1917 place son décor du Nord de la France au beau milieu de la campagne britannique. Détail superflu pour certains, il achèvera néanmoins d’agacer le spectateur pointilleux.
Si l’esthétique du film est réussie et que l’illusion du plan séquence reste soignée, elles ne sont pourtant pas suffisantes pour dissimuler les faiblesses scénaristiques. Et il est là, le souci majeur de ce film. Nous distraire par une prouesse de forme pour tenter de nous faire oublier un échec de fond. Mendes justifie ses choix de mise en scène par une immersion totale au cœur d’une mission militaire. Mais à force de vouloir suivre de trop près la réalité, elle semble nous rire au nez.
Dernier point enfin, et non des moindres : le film est lent. Sans déprécier les longueurs d’une narration lorsqu’elles sont nécessaires ou justifiées, celles de 1917 sont superflues. Elles ne feront que laisser au spectateur la désagréable sensation d’être embarqué dans une histoire sans vraiment de suspens, sans réelle émotion et au final, sans véritable enjeu.
Si l’on ne peut que louer la qualité technique et visuelle déployée pour ce film, il semble étonnant que son scénario soit si critiquable. 1917 nous rappelle donc l’importance de se pencher autant sur le fond que sur la forme, autant sur le contenu que sur l’apparent. Quitte à rajouter quelques plans.
