
Ecrit et réalisé par Xavier Dolan en 2012, Laurence Anyways a été primé quatre fois ; dont la récompense du meilleur film au Festival International du Film de Toronto ainsi que le Prix d’interprétation féminine d’Un Certain Regard pour Suzanne Clément et fût nominé pour le César du meilleur film étranger. Pour un film dont la trame se noue autour de Laurence Alia, une femme dans un corps d’homme se réappropriant son identité, c’est une victoire formidable !
Les arrières-plans sont soignés à l’image du cadre qui est minutieusement travaillé. Les plans en intérieur sont très construits. On remarque une géométrie certaine et une sensation d’encadrement qui pourrait faire écho aux cases dans lesquelles on tend à ranger les autres. De petites cases pour la sexualité, d’autres petites cases pour le genre, et quand la protagoniste ose affirmer les erreurs concernant son placement : l’espace se rétrécit et enferme tout son entourage dans des cadres serrés. On aperçoit à plusieurs reprises les personnages au loin dans de petits espaces lumineux.
Au travers du personnage de Fred Belair, on découvre à la fois une amante qui se retrouve perdue dans ses sentiments et un portrait d’abord réticent de la société. Si Laurence s’affranchit du regard de l’autre pour faire briller le sien envers sa propre vérité et revendique son existence, c’est aux prix des certitudes de la femme qu’elle aime. La caméra se joue d’eux : d’abord vive, elle poursuit leurs corps avant la révélation, puis devient plus timide avant de trembler autour de leur passion. Face à la famille de Laurence, elle devient fixe.
La figure paternelle, assez rare dans le cinéma de Dolan, apparaît comme difficile voire totalement vaine. Malgré une présence physique, on l’entend dire quelques phrases à travers les murs et on ne le montre que peu : il est absent moralement. Ils n’apparaissent jamais ensemble à l’écran. À contrario, sa relation avec sa mère est duelle et c’est une chose récurrente dans ses œuvres. Leur distance est toutefois montrée par des plans moyens et ce manque de dynamisme de la caméra. Le décor familial semble alors retenir les deux personnages dans une époque de vie où les choses furent différentes, comme une sorte de déni de la situation malgré les effusions de voix en défaveur de l’annonce.
Le montage des dialogues est particulier. La vague impression de contre-champ est donnée par le fait que l’on change de point de vue mais la règle des 180° n’est pas respectée. Au contraire, les personnages apparaissent face à nous frontalement, dos à un décor de tissu, et enchaînent les regards caméra. Le fond sublime les costumes et les maquillages, ça n’a rien de naturel et donne un côté théâtral furieusement esthétique.
Si ce long-métrage m’a émue par son récit, c’est aussi, et surtout, je crois, le traitement de la couleur mentholée ainsi que le jeu entre les différentes matières et motifs qui m’ont marqués. En somme, l’aspect plastique a mis en valeur le superbe acting de Melvil Poupaud, Suzanne Clément, Nathalie Baye et Monia Chokri au point de projeter ce long-métrage parmi mes favoris de Xavier Dolan.
Merci d’avoir lu,
Kënza Simon-Auriol.
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