
Un film poignant, criant de vérité.
Beaucoup d’adresse, pas de caricature, un niveau de précaution incommensurable, voilà ce à quoi je m’attendais avant d’entrer dans le cinéma et voilà ce qu’est la réalisation de Ladj Ly. C’est un film qui a su faire face à de fortes attentes, de moi-même également, et qui a donc d’autant plus pu prouver son habileté. Et quelle habileté ! C’est d’ailleurs bien malheureux que les rares clichés qui apparaissent dans le film soient des vérités que nous ne voulons pas voir en face, mais cela vient une fois de plus placer l’œuvre au plus haut rang en matière de finesse.
Devant le film, nous assistons au jonglage périlleux entre documentaire et fiction. Dans la salle, alors que quelques spectateurs pensent fermement qu’ils ont à faire à l’imagination extravagante du réalisateur mettant en scène une pléiade d’acteurs dans la cité d’à-côté, d’autres prennent conscience qu’ils sont en train de regarder à travers la fenêtre d’un appartement de cette même cité, observant la vie suivre son cours. C’est là qu’est la force du film; mêlant fiction et réel, Ladj Ly, toujours avec cette même habileté qui en devient presque divine, dénonce, ou devrais-je dire démontre sans prendre parti et en laissant au spectateur la liberté de tergiverser.
C’est au milieu de milliers de contraintes que le réalisateur et son équipe évoluent pour créer ce qui est aujourd’hui, sans le moindre doute, un monument du cinéma français. D’un côté récompensé par le prix du jury à Cannes en 2019, de l’autre tourné à Clichy-Sous-Bois ou Montfermeil, le film est un étonnant jeu de contraste qui ne manque pas de rappeler la triste ironie qu’il met en scène. En clair, on a à faire à un réalisateur qui maîtrise son sujet, aussi délicat et controversé soit-il, et cela fait très plaisir à voir.
Les Misérables est un film à voir en tout temps et nécessite plusieurs (re)visionnages pour appréhender toutes les informations qui nous sont données. Il doit être un outil de réflexion.
Avis écrit par Loris
