Landes and Freedom

Dans Les Combattants (2014), le futur est partout. Dans ce pote qui part vivre au Canada pour fuir la campagne, dans cet autre qui nous voit “dans 20 ans, ici, à côté du barbecue”, dans notre mère qui veut qu’on “se projette”. Arnaud est le seul qui ne semble pas visualiser ce futur qui obsède tant ses confrères. Son futur c’est le bois, reprendre l’entreprise familiale avec son frère. Mais quand c’est l’été et que tout crame il faut trouver autre chose. Cette autre c’est Madeleine, un prénom aussi doux que celle qui le porte ne l’est pas. Ou du moins avant sa rencontre avec Arnaud. Elle, n’est bâtie que par “l’après”. Fervente survivaliste, elle passe son temps à se préparer à l’effondrement. Et le voilà leur futur. A la croisée des chemins. A la croisée des genres aussi pour le réalisateur Thomas Cailley, qui dévoile pas tout à fait une comédie, pas vraiment un film d’amour et encore moins un film de guerre. Parce que ce qu’il filme c’est la jeunesse. Brute. Qui joue et qui combat seule face au monde, quitte à se brûler les ailes au passage. 

Tout commence dans une agence de pompes funèbres. De suite, les thèmes et les enjeux sont subtilement posés : la famille, le travail, la mort, ou plus largement la disparition. Les deux frères s’attellent à leur travail. L’été commence. 

On retrouve Arnaud à la sortie d’une camionnette de recrutement de l’armée aux airs de manège de fête foraine. Comme si on « jouait à la guerre » qui nous paraît si loin. Et pourtant la guerre est juste à la sortie de la camionnette, où ces mêmes militaires organisent des combats de lutte. Arnaud se retrouve embarqué dans un combat contre Madeleine. Une première rencontre, un premier affront où il parvient à peine à sauver son honneur devant la foule. 

La deuxième partie, c’est exercice pratique. Enfin on se mets à l’épreuve. Seuls. Dans la campagne landaise on construit un abri de fortune comme on construit notre amour. Survivre avec l’autre et survivre de l’autre. Les deux acteurs se dévoilent vraiment, respirent. L’alchimie est complète, on respire avec eux et on ne pense plus à la fin.

Quand elle arrive c’est dévastateur. Elle prends même des airs de science fiction pour un temps. Mais il ne nous reste que la réalité crue qui nous explose au visage. Et c’est beau. 

On s’extrait du film dans un souffle, avec espoir pour nous, et pour Madeleine, et pour Arnaud. La bande originale encore dans la tête et les images dans les yeux. Et on se promet avec eux de rester à l’affût.

Nina Destout

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