
En 1929, le premier film entièrement parlant européen sortait sur les grands écrans : Les Trois Masques d’André Hugon. Presque 100 ans plus tard, nous formons des trios pour que le cinéma rassemble à nouveau autour de discussions. Un masqué choisit un film à l’affiche des MK2 pour que deux autres personnes aillent au cinéma ensemble.
Etant l’heureux premier duo, Corentin Claeysen et Kënza Simon-Auriol se sont rendus au MK2 Bastille pour voir Un Divan à Tunis (2020) de Manèle Labini, la séance proposée par Louise Rivoiron. Cet avis post-ciné est lisible pour ceux qui ne l’ont pas vu et qui souhaitent le voir.
L’héroïne de ce film, Selma Derwish, 35 ans, est une femme tunisienne qui vivait en France depuis ses 10 ans. Le film commence avec son installation dans sa maison familiale en Tunisie. Elle décide ambitieusement d’y ouvrir un cabinet de psychanalyse sur le toit. afin d’offrir la possibilité aux habitants tunisiens de bénéficier de cette science peu répandue dans un pays qui a connu le protectorat de la France et le printemps arabe avec la chute de Ben Ali. Son entreprise se verra bousculée par l’incompréhension de ce métier aux principes relativement vagues et abstraits pour ses nouveaux patients qui lui demandent des médicaments. On lui dit d’abord que son affaire n’intéresse personne, mais rapidement les patients se retrouvent conquis par les consultations. De plus, Selma étant immigrée, elle doit s’adapter aux coutumes locales, bien différentes de la vie parisienne. Malgré ses origines, elle aussi est influencée par certains stéréotypes en pensant pouvoir installer son cabinet sans obtenir une autorisation légale. Le film présente la Tunisie comme un pays en difficultés, comme le suggère un gag où un policier procède à un éthylotest peu rigoureux, mais surtout comme un pays en reconstruction.
Malgré un protagoniste béninois, c’est-à-dire qu’il n’exprime pas ses sentiments, dont on ne peut pas lire les émotions sur le visage, mettant une distance avec presque tous les autres personnages, on s’attache à Selma. Si son désir d’exercer est mis en péril par de nombreux obstacles et constitue l’histoire première d’Un Divan à Tunis, nous eûmes la sensation d’oublier sa lutte en espérant simplement revoir les personnages hilarants qui lui causent des soucis ; comme le personnage de la secrétaire dont le fond d’écran change à chaque séquence ou encore le patient rêvant d’embrasser des dictateurs (déjà présent dans la bande-annonce). Les clins d’oeil politiques sont nombreux mais très subtils ; le spectateur est libre de les voir, de les comprendre, et peut très rapidement les oublier en faveur d’un comique de répétition et d’un ton humoristique portés sur toute la pellicule. C’est une des premières choses qui nous a frappé alors que nous sortions du cinéma, nous avions le sourire et étions de bonne humeur. Nous avons éclaté de rire à quelques reprises, même s’il ne s’agit pas de la comédie de l’année à nos yeux : nous avons passé un bon moment !
