
CE QUI SUIT CONTIENT MOULTES DIVULGACHEURS, SA LECTURE EST À VOS RISQUES ET PÉRILS, bisous
Michael Schur est un héros. Si vous êtes familier avec les sitcoms et autre contenu télévisuel outre-atlantique, il vous est impossible d’être passé à-côté d’une de ses blagues. D’abord auteur au Saturday Night Live, il devient l’un des auteurs réguliers de la série The Office dans laquelle il tient un (tout) petit rôle. Michael Schur co-crée ensuite Parks and Recreation et Brooklyn Nine-Nine. C’est déjà très impressionnant. Mais il ne s’arrête pas là, et crée sa propre série, la première sur laquelle il a un contrôle total, The Good Place.
Si la première saison est narrativement classique, à partir de la saison deux, la série devient une mise en abîme du travail de l’auteur : on se concentre sur Michael, l’Architecte, qui recrée encore et encore différentes versions du même univers, jusqu’à ce que celui-ci lui paraisse satisfaisant. De la même manière qu’un showrunner réécrit ses scripts à l’infini.
En plus de partager le même nom que le showrunner de la série dont il est un des personnages principaux, Michael l’Architecte partage également ses obsessions : créer un monde parfait, pour contrôler ses personnages comme il le souhaite. Son équilibre s’effondre lorsque Eleanor se rend compte qu’elle et ses amis sont manipulés par Michael : leur paradis est artificiel, ils vivent en réalité dans un enfer sur-mesure créé de toutes pièces.
Les personnages parviennent à chaque fois à s’affranchir de leur auteur, même après 800 versions du scénario. Michael n’a pas d’autres choix que de les laisser décider de leur propre sort. C’est une métaphore de l’auteur, celui qui doit accepter de laisser ses personnages évoluer d’eux-mêmes, avant de se rendre compte qu’il préfère la vie à leurs côtés, à celle de démon omniscient. Cette sympathie pour la race humaine ira jusqu’à le faire renoncer à ses pouvoirs pour devenir mortel, et ainsi, après sa mort, devenir un personnage de l’univers qu’il a lui-même créé.
Gen, littéralement Dieu qui décide du sort de l’enfer et du paradis, est une femme sympathique d’âge moyen, accro aux séries télévisées. Du contenu infini pour occuper son temps infini. Elle semble être une personnification du public, celui qui finit par avoir le dernier mot sur le sort des personnages. Son désir de supprimer la planète Terre et les humains n’est absolument pas une décision dramatique pour elle, de la même manière que voir une série s’arrêter en cours de route n’est en définitive fatal que pour son auteur.
Plus largement, cette série témoigne d’un amour profond des mots, et repose sur une formule simple : si on le dit c’est que c’est vrai. Ainsi, il suffit de dire que cette dame contient tout le savoir de l’univers ou qu’il existe un quatrième frère Hemsworth pour qu’on y croit.
Et entre deux cours de philosophie et le sauvetage de l’univers, on y apprend que le sens de la vie c’est de ne pas en connaître la fin, un peu comme avec les histoires.
Nina Destout
