Les Trois Masques n°2

En 1929, le premier film entièrement parlant européen sortait sur les grands écrans : Les Trois Masques d’André Hugon. Presque 100 ans plus tard, nous formons des trios pour que le cinéma rassemble à nouveau autour de discussions. Un masqué choisit un film à l’affiche des MK2 pour que deux autres personnes aillent au cinéma ensemble. 

Dans cette deuxième session un poil anarchique, c’est le masqué lui-même (Clémence Pétard) qui a décidé de s’enfermer dans la salle avec son comparse Nina Destout, pour voir le film : 


Le Cas Richard Jewell – Clint Eastwood

     Voici donc une critique croisée, avis mélangés de Clémence et Nina sur le dernier film de Clint Eastwood. 

Repris de faits-réels, Richard Jewell, homme qui a toujours voulu être policier, un « homme de justice », découvre une bombe lors d’un festival durant les J.O. d’Atlanta de 1996. Devenu un héros de la nation, il se retrouve ennemi public numéro un, car il est accusé d’avoir posé celle-ci.

Le cas Richard Jewell parle des médias et des polices. D’un côté la gentille police de proximité, proche des gentils américains, la méchante police gouvernementale de l’autre. Les médias sont montrés comme son instrument, ou comme celui de journalistes malhonnêtes. Dans le film, ils sont représentés par le personnage de Kathy Scruggs.

Vendue comme un thriller haletant, où nous ne pensions découvrir la vérité qu’à la fin du film, la réponse nous est donnée dès le début. Nous suivons seulement la vie de ce pauvre Richard, harcelé par les journalistes. Car si aimer sa mère et sa patrie suffit à faire un héros chez Eastwood, utiliser son corps pour soutirer des informations à un agent du FBI suffit à faire une femme.

Mais à la fin du film, la seule chose qui nous est venue à la bouche c’est la manière dont Clint Eastwood a dégradé l’image de la femme. En effet, celle qui a balancé cette accusation, une journaliste, est montrée comme une personne prête à tout pour avoir le « scoop » même à avoir une relation intime avec un agent du FBI. Ici, la femme est donc une « garce » sans pitié détruisant la vie de gens innocents. L’autre archétype féminin, celui de la mère, se résume à des larmes et à des Tupperware.

Niveau esthétique, le film n’a rien d’exceptionnel, sauf la scène lors du cauchemar de Richard, la caméra embarquée (et secouée) dans tous les sens donne des vertiges et peut faire ressentir ce que l’on peut vivre lors d’un moment aussi inquiétant. Ce sursaut onirique à la limite de l’expérimental ne dure malheureusement que 2 minutes 30.

Le reste du temps, Eastwood retranscrit l’omniprésence des médias par le montage, en parasitant la plupart des dialogues avec des sonneries de téléphones insupportables et des flashs d’appareils photos agressifs. On y voit aussi une sacralisation du petit écran, toujours allumé, autant mauvais annonceur que divertissement. Clint Eastwood aurait pu montrer le caractère déplacé des journalistes d’une manière peut-être plus subtile.

Le cas Richard Jewell se veut un manifeste de défense de la masculinité blanche américaine, et honnêtement excelle dans le domaine. Dommage que la seule question que l’on se pose en sortant de la salle soit : combien coûte la sacem de la macarena ? 

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