
No spoil!
Dark (2017 – …) est une série allemande écrite et réalisée par le couple Jantje Friese et Baran bo Odar avant d’être diffusée sur la plateforme Netflix. Il y a deux saisons de dix épisodes durant une cinquantaine de minutes chacun – et une saison trois est annoncée. Jouant sur plusieurs espace temps, la trame principale se noue en 2019 quand le fils d’Ulrich Nielsen, Mikkel, disparait de façon inexplicable. Trente-trois ans plus tôt, c’était son fère, Mads, qui était mystérieusement porté disparu.
Lors de l’annonce de sa sortie, la communication surfait sur la vague de l’engouement pour Stranger Things (2016 – …) des frères Duffer aussi présente sur la plateforme. Ayant vu les deux séries, je trouve que le parallèle est assez rapide voire superficiel. Même si des similarités existent comme le fait que les personnages principaux soient des adolescents, que les personnages travaillant pour la police jouent un rôle ambigu, et que la trame intègre des éléments surnaturels / fantastiques, le fond ainsi que la forme sont drastiquement différents. L’intelligence m’a énormément touchée – merci Nina pour le conseil ! Le propos porté sur la question du temps est fascinant.
Avoir un personnage favori dans une série est une chose presque inévitable. Ici, un des personnages principaux nommé Jonas Kahnwald, joué par Louis Hofmann, apparaît comme un des plus appréciés par les spectateurs.
Dans tous les épisodes, il subit un traitement de la caméra bien différent de celui des autres personnages. On le découvre avec des rayons du soleil lui caressant le visage, on observe ses traits fins grâce à des gros plans, son corps jeune dessiné. C’est un des seuls personnages que les plans mettent physiquement en valeur, dans une optique de sublimation je veux dire. On le montre par sa beauté, d’autant plus qu’il ne parle que peu. On le regarde plus qu’on ne l’écoute, et il est pourtant le premier à saisir la situation.
Influencé par les séries américaines, il répond aussi à quelques clichés. Il est un jeune homme aux allures mystérieuses dont la délicatesse est montrée par le regard et les gestes. Comme au ralenti, les gros plans sur ses mains sont multiples. Ses expressions faciales, répétitives, sont présentées aux spectateurs qui doivent ressentir de l’empathie pour lui. Son histoire d’amour adolescent apporte un peu de souffle à ce contenu si compact. Finalement, on comprend très facilement les intentions de l’équipe de réalisation quant à notre rapport avec Jonas.
Spoilers !
Si le Jonas adolescent doit être aimé, c’est parce qu’on réalise l’ambivalence de son personnage. Histoire à travers le temps où les personnages existent simultanément en diverses versions d’eux-mêmes à plusieurs époques de leur vie, le now-famous Adam, dont le nom emprunté à la Bible répond à son rôle de celui qui pèche, qui revient comme le personnage phare de l’autre côté du miroir, est en fait une version plus âgée de Jonas. Celui pour lequel nous avons beaucoup d’affection, celui qui a perdu son père, celui qui tente de retrouver le frère de son ami, celui que nous avons vu pleurer et faire preuve d’un courage infaillible, se retrouve être aussi le personnage qui est à la tête d’une sorte de secte pro-apocalyptique, qui fait enlever des enfants pour faire des expériences sur eux. C’est lui, quelques cycles de 33 ans avant ou après. La version la plus âgée de Jonas a le visage déformé et n’est à aucun moment en avant pour sa beauté mais bien pour sa malveillance, la version intermédiaire d’environ quarante-cinq ans est plusieurs fois comparé à un sans-abri à cause de sa longue barbe et de son manque d’hygiène. C’est sûrement pour cela que l’on insiste tant à présenter Jonas comme un bel et valeureux jeune adulte, pour brouiller les pistes du spectateur qui essaie de replacer les personnages à travers les époques.
Merci d’avoir lu,
Kënza Simon-Auriol.
De la lecture :
– time line de la série : Première
– complément de la time line : Première
