
Un déroulement scénaristique ambivalent mais un bouleversement cinématographique.
Pensez à un film de guerre, introduisez-y tous les clichés possibles et racontez une histoire digne d’intérêt et d’admiration; vous venez d’écrire Hacksaw Ridge. Maintenant, embauchez Simon Duggan, faites appel à d’excellents acteurs.trices, ajoutez des effets spéciaux dans des décors grandioses; vous avez Hacksaw Ridge.
Mel Gibson est ici à l’origine d’une œuvre très spéciale qui, pour qui la visionne attentivement, possède autant de qualités que de défauts. Les premières trente minutes sont précipitées et contextualisent maladroitement les personnages et leurs relations, on bondit dans le temps pour étudier de surface les bases de ce que nous allons voir pendant plus de deux heures de visionnage. Ici, peu importe la justesse du jeu des acteurs.trices ou l’émotion procurée par la musique, rien ne peut nous faire entrer au cœur du film et l’on pense déjà que tout est perdu.
Une fois ce cap de la demi-heure enfin atteint, toute la puissance et la justesse du travail de Mel Gibson commencent à transparaître et se canalisent dans une multitude d’images, de personnages et d’actions. Le film débute réellement: notre intérêt, après avoir été rudement mis à l’épreuve, est peu à peu éveillé et nos attentes commencent à s’aiguiser. S’ensuit alors un enchaînement sans fausse note de rebondissements intimes qui nous attachent enfin au personnage principal et à l’aura qui l’entoure.
Nous nous familiarisons peu à peu avec Hacksaw Ridge, son ambiance, son histoire et ses enjeux. Outre les scènes de bataille majestueusement réalisées et dont les images ne sauraient me sortir de la tête, c’est tout un monde qui est créé là-haut. Nous sommes constamment invités à plonger dans les fosses creusées par les explosifs pour apprendre à connaître tous ces soldats qui nous semblent si familiers alors que nous ne connaissons même par leur prénoms. Mêlant fraternité et violence, jonglant entre déshumanisation, bestialité et intimité, le film fait preuve de beaucoup d’intelligence et est riche en émotions.
Hacksaw Ridge, de son titre francophone Tu ne tueras point, est l’un des rares films de guerre qui se vaut d’être vu pour son habileté et sa justesse, en vue du sujet qu’il traite.
Avis écrit par Loris
