
La dame au chien sorti en 2010 écrit et réalisé par Damien Manivel raconte l’histoire d’un adolescent qui trouve un chien et décide de le ramener à sa propriétaire. En sonnant à la porte, il découvre une femme presque ivre qui lui propose de boire du rhum avec elle.
L’ambiance trempée est sûrement l’aspect qui m’a le plus marqué. Cette humidité qui coule sur chaque plan, cette transpiration que l’on voit sur les visages et les aisselles, la sueur dont on devine l’odeur, puis la moiteur omniprésente, même dans la façon lente de parler des acteurs, on comprend que la chaleur est opaque, qu’elle est lourde et prend toute la place. En comparant au film Juste la fin du monde sorti en 2016 de Xavier Dolan où les gros plans sur les visages des personnages permettaient de voir la sudation comme un costume, dans ce court-métrage les plans moyens font deviner la transpiration alors que la chaleur s’invite dans chaque scène. Visible à travers les volets fermés au rez-de-chaussée, le soleil se fraye une place discrète alors qu’il a clairement empli l’espace à l’étage, dans la chambre de la femme.
Le sentiment de malaise plane durant les seize minutes. Il est porté par deux facteurs interdépendants : le silence dans lequel ils baignent et dans lequel il se débat ainsi que la tension sexuelle qui naît entre les deux.
Si le silence en soi n’a rien d’embarrassant, on ne peut que constater qu’il gêne le jeune homme qui l’emplit alors d’un monologue peu pertinent animé par de grands gestes, dont on doute de la réception et de l’intérêt de la femme. Si bien que la caméra ne se fige pas sur lui mais vagabonde – comme l’esprit de la femme – vers l’étage, suivant le chien, puis sur elle, avachie dans le canapé, portant visiblement peu d’attention à ses mots.
Quand ils se retrouvent dans la chambre et qu’elle s’allonge sur le lit en lui demandant ce qu’il veut faire tout de suite, s’imaginer un désir sous-jacent apparaît comme évident quand nous sommes éduqués avec tant de codes hyper-sexualisés. Cette scène gorgée de longueurs et de non-réponse, laissant cette attente glisser, nous mène jusqu’à l’endormissement de la femme alors que le jeune homme la regarde en hésitant visiblement sur ce qu’il doit faire.
En somme, c’est dans ma lecture des intentions du réalisateur que j’ai su apprécier La dame aux chiens et non dans le visionnage de l’œuvre, dont l’ambiance vaseuse n’a fait que me faire froncer les sourcils sans jamais me faire comprendre son but.
Merci beaucoup d’avoir lu.
Kënza Simon-Auriol.
