No spoil

En 2019 sortait en salle le fabuleux Mid90s de Jonah Hill. Premier film en tant que réalisateur et scenariste, il est connu comme acteur – particulièrement pour son rôle de Donnie Azoff dans The Wolf of Wall Street (2013) de Martin Scorsese.
Vus à deux reprises au cinéma d’art et d’essai American Cosmographe (24 Rue Montardy à Toulouse / à 1min à pied de l’arrêt Capitole sur le métro A − mon cinéma toulousain favori), je ne pouvais me résoudre à ne pas écrire à son propos.
Ce long-métrage de 1h25 est tourné en format 4:3 – c’est-à-dire une image presque carré, comme, récemment, le film Mommy (2014) de Xavier Dolan – et en pellicule de 16 mm qui offre un rendu granuleux. Dès les premières secondes, nous sommes plongé.e.s dans l’ambiance nineties. Des images tournées au Super 8 se mêlent à la narration et amplifient cette impression.
L’histoire est celle d’un garçon de treize ans nommé Stevie, joué par Sunny Suljic, qui vit à Culver City, une banlieue de Los Angeles, dans les années ’90, qui rencontre quatre adolescents dans un magasin de skate. Si eux sont passionnés et savent skater, nous offrant de belles scènes presque chorégraphiées alors qu’ils zigzaguent sur une pente au moment du couché de soleil, Stevie sait à peine rouler avec. Son apprentissage est monté à la manière d’un clip. La caméra est fixe et les plans s’enchaînent avec des cuts où nous le voyons tenter des ollies, chuter, se relever, recommencer, et devenir triomphant. Il ne deviendra jamais à l’aise avec la planche, ce n’est pas là le propos.
Se lie alors une amitié vibrante grâce à laquelle il grandira, ses amis comme de nouveaux grands frères pour compenser sa relation avec le sien. Dans un rapport bourreau / souffre-douleur, il y a un amour fraternel qui n’arrive pas à exister sans violence. Stevie apprend alors à aimer avec douceur, à soutenir et à encourager, surtout avec Ray (Na-Kel Smith), le plus âgé. Il est le pilier du groupe et tente de faire avancer tout le monde vers la meilleure version de chacun. C’est une famille où tous tentent d’échapper à leurs détresses familiales.
C’est un film qui m’a beaucoup touché par son rapport à l’adolescence, à la peur de devenir adulte, à ces révolutions contre l’autorité parentale ou fédérale, au racisme, à l’amour que l’on ressent mais qu’on ne parvient pas à mettre en mots ou en actes, et surtout une ode à la fraternité et à la solidarité. Stevie se questionne autour de sa sexualité, de son rapport aux drogues, et trouve ses réponses dans son plongeon dans une nouvelle vie loin du regard de sa mère. C’est le film parfait à regarder quand on se sent un peu morose, il donne le sourire et déborde d’une insolente innocence.
Si la fin m’a semblé facile, voire cliché, je l’ai occulté pour ne me souvenir de ces mouvements de caméra formidables et de cette bande-originale d’Atticus Ross et Trent Reznor qui nous plonge dans les virées à travers la ville et dans les soirées étudiantes.
Pour finir comme Mona Caligo :
Vive le cinéma et vive Olan Prenatt (qui joue FuckShit).
Kënza Simon-Auriol.
A lire aussi :
– La Libre (FR)
– Culturopoing (FR)
– The Guardian (AN)
– NY Times (AN)
