7. Koğuştaki Mucize

Un film de Mehmet Ada Özteki, 2019

Une critique d’Angèle Bourdrez

Rebaptisé « le film turc » par ceux qui peinent à le prononcer (c’est-à-dire la grande majorité des français), 7. Koğuştaki Mucize a fait sensation sur Netflix durant ce confinement. Sorti en octobre 2019 dans les salles turques, ce long-métrage de Mehmet Ada Öztekin est un remake du film sud-coréen 7번방의 선물 [Miracle en cellule n°7] réalisé par Lee Hwan-gyeong en 2013. 

Évoluant dans la Turquie des années 1980, nous suivons Memo, un jeune berger turc accusé à tort du meurtre d’une petite fille. Atteint d’un handicap mental, Memo est envoyé en prison, dans la cellule n°7, afin d’attendre sa condamnation à mort. Sa fille, sa grand-mère et les autres détenus de la cellule, feront tout pour l’innocenter, et retrouver le seul témoin qui pourrait lui sauver la vie. 

Si vous n’avez jamais vu ce film, mais en avez déjà entendu parler, certains ont pu vous dire « qu’il faisait tellement pleurer ! ». Le réalisateur et le scénariste, s’ils étaient à vos côtés, n’auraient pu recevoir de meilleur compliment. Et pour cause ! Le long-métrage 7. Koğuştaki Mucize entre volontiers dans la catégorie du tire-larmes. Certaines scènes -voire certains personnages- semblent n’exister que dans le but de nous voir pleurer ; elles ne sont justifiées que par les émotions qu’elles imposent…Et si une partie des spectateurs pourra être touchée, une autre sera profondément agacée de ce manque de subtilité. 

Pourtant, le film a réussi son pari : faire couler de l’encre, en faisant couler des larmes. 

La réalisation embrasse elle aussi un pathos sans nom.  Les ralentis exacerbés, présents aux instants les plus tragiques, viennent alourdir l’action, jusqu’à la rendre pathétique. La musique s’accorde avec le reste : elle est parfois si forte et si lancinante, qu’elle semble pleurer à notre place. Lors d’une scène, qui aurait pu être réellement émouvante, le combo presque « kitch » du ralenti et de la musique vient dénaturer l’instant : l’artificiel ôte le charme du naturel.

La réalisation et le montage, sans être ridicules, sont loin d’être virtuoses. Certains plans sont visuellement saisissants, mais la beauté des paysages turcs semble y contribuer bien plus que le talent de la mise en scène.

Beaucoup critiquent ce film en accusant le jeu forcé des acteurs principaux. Mais si celui de quelques personnages secondaires est effectivement un peu léger, je n’ai pas trouvé affligeant celui de nos protagonistes, au contraire. Les grandes agitations du père viennent équilibrer le sourire (un peu figé, certes) de sa fille. Quant aux expressions immuablement cruelles de l’antagoniste, il semble que le scénario en soit le principal responsable.

Les personnages sont profondément manichéens. Si une certaine brutalité anime les détenus de prime abord, tous deviennent lisses et bienveillants très rapidement. Ces prisonniers, et leurs conditions de vie dans cette cellule turque des années 1980, constituent un point scénaristique à questionner. Aux antipodes de Midnight Express (réalisé par Alan Parker en 1978), nous sommes témoins des repas festifs, des parties de football, et des pauses lecture accordées à ces détenus. Sans parvenir à y croire totalement, il nous est tout de même plus facile d’y adhérer qu’aux autres incohérences scénaristiques du film. De trop nombreuses scènes sont prévisibles, et même si la situation finale est agréablement surprenante, elle est difficilement plausible. 

Tous ces détails ne sont mis en scène que dans une seule optique : faire encore un peu plus pleurer le spectateur…Et ne pas lui en laisser le choix. Le plus grand défaut de ce film n’est pas qu’il nous fasse pleurer, mais bel et bien qu’il nous ordonne de le faire. Le pire étant qu’il y parvient, quelquefois. Certaines situations pourront nouer quelques-unes de nos gorges, car si la forme est bien trop outrancière, quelques motifs de fond parviennent à nous transpercer. 

En résumé, ce film est parfait pour qui a envie de pleurer. Prenez garde cependant : les adeptes de la subtilité devront probablement accélérer quelques scènes. Grâce à ce film, j’ai appris une chose : les larmes forcées sont rarement aussi salées que celles qui nous surprennent. 

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