Eternal Sunshine of the Spotless Mind, ou la sensibilité du spectateur

Eternal Sunshine of the Spotless Mind - film 2004 - AlloCiné

Il y a des films qui résonnent en nous comme un souvenir. Les films dont on parle à ceux qui croisent notre chemin, sans aucune autre réflexion ou trait d’esprit que : “tu verras, c’est génial”. Ces films qui ont la couleur de notre âme. Ceux qui, au détour d’un plan, d’une réplique, nous résument. Ceux qui transforment notre oeil en projecteur, et nous donnent à voir l’intérieur de notre tête. 

Joel aime Clémentine, qui aime la liberté. Alors pour ne pas souffrir, elle l’oublie. Lui et leur amour.  Ne reste plus que Joel seul avec son bagage amoureux. Mais son esprit ne se résout pas à le jeter. 

Un film de science-fiction douce et amoureuse, qui s’oppose aux comédies romantiques classiques du genre par sa lenteur et sa proximité avec les personnages ; dont on voudrait que chacun ait la chance de vivre son film. À laquelle s’ajoute la voix-off lancinante et triste de Joel, qui se fait narratrice d’une histoire que l’on sait perdue d’avance. Et une fin aussi douce et amère qu’une rupture. Dans cet univers bancal, la caméra divague souvent, se faisant métaphore de l’esprit des personnages. Une mise en scène aux allures de “fait-main”, dans laquelle on retrouve un aspect plastique, des couleurs pastelles et une sensibilité visuelle qui marque la vulnérabilité des personnages sans aucun mot, chers à Michel Gondry.

Mais derrière ce vernis génial, certains pourront se sentir déstabilisés par les nombreux retours en arrière opérés par la narration. Le film jouant sur différentes lignes temporelles, un travail de montage mental est nécessaire tout du long, et le spectateur peut ressentir une forme d’abandon de la part du film, qui le laisse face à ses questions.


Eternal Sunshine of the Spotless mind est suivi par La Science des Rêves. Ce qui frappe au premier abord, c’est la ressemblance visuelle entre les deux films. Mais là où le second se démarque, c’est dans son rapport à la réalité. Même si comme dans Eternal Sunshine, il nous est donné à voir l’intérieur de la tête du personnage principal, la frontière entre les deux mondes se fait plus fine, jusqu’à disparaître. Contrairement à Joel, Stéphane projette son esprit sur son monde et non l’inverse. L’esprit finit par complètement disparaître dans le film en français qui suit, Microbe et Gasoil. Les deux enfants construisent et façonnent concrètement leur rêve, en un bolide bringuebalant. À travers ces trois films, un chemin apparaît, de l’onirique au matériel. Michel Gondry résume le travail de l’artiste : idée, réalisation et œuvre finale. C’est peut être cela qui explique le succès de Eternal Sunshine au-dessus des autres films de sa filmographie : le rêve, le projet, l’idée de l’amour. Le spectateur veut rêver, et voilà un film qui rêve avec nous. À voir donc, les yeux grands ouverts.

Nina Destout.

Laisser un commentaire

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer