Alita : Battle Angel, 2019, Robert Rodriguez et James Cameron

    Les adaptations de manga et d’anime n’ont en général pas bonne réputation: il est difficile d’adapter un format qui compte de nombreux épisodes ou tomes, et surtout de retranscrire la quête du personnage sans que le film ne s’étale sur 6 heures. Il faut donc couper, choisir, et structurer en essayant de respecter un univers sans le dénaturer de peur de décevoir les -nombreux- fans. 

    Souvenons-nous de l’invisionnable « Dragon Ball Evolution », qui avait atteint les sommets de la nanaritude tant la réception a été médiocre de la part du public, mais surtout tant le réalisateur peinait à montrer ne serait-ce qu’une once de respect à une oeuvre aussi culte.

    Visuellement, Ghost In The Shell avait fait mieux mais la réception a été mitigée en raison d’une vague d’incompréhension envers Scarlett Johansson pour incarner le personnage principal, ou bien le scénario décevant. L’armée de la diversité ayant crié au scandale (alors que le personnage a tout l’air d’une femme blanche européenne, mais c’est une autre histoire…). 

    Pourtant, contre toute attente, Robert Rodrigez nous épate à la réalisation 

d’Alita Battle Angel, l’adaptation d’un grand classic cyberpunk encore méconnu du grand public: Gunnm, de Yokito Kishiro. En tant que fan inconditionnel de l’oeuvre, j’étais autant choqué et excité à l’idée d’un jour le voir porté sur grand écran. Mon attachement à Gally, cette héroïne en recherche de son humanité malgré son corps cybernétique, m’ayant toujours fasciné. Et avant toute chose, sa badassitude ultime, sa résilience à ne jamais abandonner même lorsqu’elle a déjà perdu. 

    Le film est d’une propreté déconcertante, enivrante, et nous propose une Alita/ Gally aussi humaine qu’on aurait pu l’imaginer malgré des yeux à la taille démesurée. La motion capture et le CGI sont travaillés, les plans soignés, maîtrisés, fixes, virevoltants, et emprunts d’un esthétisme tout en respectant parfois case à case l’oeuvre originale ainsi que l’adaptation animée. Le jonglage entre les deux est d’ailleurs bien amené ! 

    Proposer un blockbuster grand public et réussir le pari de réaliser une adaptation d’un manga culte en respectant l’univers et les personnages était un pari risqué pour 

Alita Battle Angel. La trame se situe sur les 3 premiers tomes et nous ne nous sentons pas perdus. Tout prend sens, avec naïveté parfois, mais une naïveté qui reflète l’état d’esprit d’Alita/ Gally qui se découvre en tant que jeune femme dans un monde inégal et dangereux. Un monde où même les cyborgs sont sujets aux dérives de l’humain. Notons une prudence quand au monde cyberpunk/ dark qu’on est censé découvrir: le tout a été très « allumé », parfois trop, donnant un côté plus sympathique aux quartiers pourtant mal famés et pauvres de la décharge. Des questions restent en suspens, annonçant de probables suites, de quoi donner aux intéressé.e.s l’envie de découvrir plus profondément la complexité d’un personnage cyborg, mais qui reste avant tout un être humain (de par son cerveau, ses souvenirs, son vécu…). 

    Les combats sont dynamiques, voire majestueux, et nous nous attachons à cette jeune femme qui ose se mesurer à des cyborgs faisant deux fois sa taille et « cheatés » à souhait. Mais le Panzerkunst, un art martial perdu, est toujours présent dans l’esprit de notre héroïne, d’où sa capacité à trancher des bras et des têtes avec une incroyable beauté. 

    Alita/ Gally (interprétée par Rosa Salazar) est le fil conducteur qui rend le film plus puissant, plus touchant; car celle-ci alterne entre une maturité oubliée et sa crise d’ado d’une scène à l’autre avec brio. Les émotions sont biens retranscrites, si ce n’est MIEUX grâce à ses grands yeux CGI et son corps cybernétique. L’humanité de son héroïne est donc la plus grande force du film: un personnage dont l’on se soucie est primordial pour entrer dans une histoire. 

    Avec un bon rythme, le film réussit à toucher même les nouveaux venus malgré le fait que certains enjeux restent non-aboutis. Le duo Rodrigez-Cameron fonctionnent, et la composition et la proposition sont très bonnes.

    Le Motorball est aussi l’un des moments fous qu’on aurait aimé voir durer plus tant le maelström de couleurs, de démembrages de têtes et de corps est fascinant à regarder. 

    Sans tomber dans la violence crue et la ténébreuse aura du manga Gunnm (à mon grand regret), Alita Battle Angel reste tout de même une bonne adaptation d’un manga complexe, misant sur spectacle et romanesque, et se veut fidèle au thème transhumaniste au coeur de cette épopée classique et épique, humaine et scientifique, technologique; et parfois cruellement remplie de vérité. 

    La question me taraude toujours l’esprit: qu’est-ce qui nous rend vraiment humain…?

Danny Jay

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