
Dans Climax, tout est affaire de labyrinthes : le dédale intérieur des personnages, dans la première partie franchement réussie du film : des portraits, face-caméras, individuels. L’entrelacement des corps ensuite, dans la danse, dans cette chorégraphie incroyable, où chacun bouge comme un organisme dans un organisme de cinéma. Premier plan-séquence magnifique, enivrant, vivant, où la musique et les mouvements de caméra semblent dépendre du groupe, de cette communauté créatrice magnifique. Puis on découvre les méandres des relations humaines, plan-séquences fixes, à la différence que les personnages ne s’adressent plus à nous, mais à eux. Les discussions s’enchaînent, les personnalités éclosent. Toute une palette d’émotions germe. La haine, l’amitié, l’amour, la protection. Les danseurs/acteurs sont honnêtes et touchants. Du véritable ciné-vérité.
Quand le labyrinthe est matérialisé, les choses se gâtent.
Si l’esthétique labyrinthique des couloirs de l’école de danse est poétique sur le papier, elle se noie bien vite jusqu’à en devenir vomitive. Emplis des couleurs et des douleurs primaires, ses couloirs de la mort sont bien trop vite occupés par des cris. La course et l’escalade dans l’orgiaque deviennent grotesques, si bien que l’on a l’impression de voir une espèce de Vidéo Gag macabre, plus qu’un véritable film d’épouvante ou un tour de force esthétique
C’est d’autant plus dommage que dans certaines fulgurances, la magie opère. Les corps possédés mêlés à la caméra lente et aérienne donne des scènes oniriques vraiment efficaces, qui nous charment pour un instant. Mais le film finit par perdre peu à peu ce qui faisait son pouvoir de séduction, et s’effondre sur lui-même. Les personnages deviennent caricaturaux, la musique assourdissante, les couleurs dégoulinent sur les murs, en bref, le style s’use. Dans cette démesure inutile, on perd la magie des premiers instants.
On dirait enfin que même Gaspar Noé abandonne son film et ses spectateurs, tellement la fin est laissée en mode “pilote automatique”, avec une arrivée de policiers qui rappelle une fin de mauvais film d’horreur. La grande révélation du film, à savoir : “Mais qui donc a mis l’acide dans la boisson ?” cherche à être sublimement tragique, mais échoue. Il nous reste de Climax un goût amer et un mal de tête, comme après une cuite à la sangria.
Nina Destout
