La Femme d’à côté, François Truffaut, 1981

Une critique d’Angèle Bourdrez

La femme d’à-côté, sorti en 1981, résume à lui seul le talent qu’avait Truffaut de toucher l’individuel grâce à l’universel. 

Dans un village de la campagne grenobloise, Bernard et Arlette accueillent avec joie l’arrivée de leurs nouveaux voisins, Mathilde et Philippe. Très vite, Bernard et Mathilde se reconnaissent : ils ont été amants plusieurs années auparavant. Ces retrouvailles, qui s’annoncent tumultueuses, sont contées à l’écran par une autre habitante du village : Mme Jouve. 

La réalisation, si elle n’est pas particulièrement innovante, parvient à nous emporter dans sa fluidité. Elle suit et illustre à merveille les différents personnages, en se posant sans voyeurisme ni jugement au creux de leurs passions, de leurs doutes et de leurs souffrances. Cette intensité, qui nous rend l’intrigue si réelle, est portée à l’écran par Fanny Ardant et Gérard Depardieu. Splendides tous les deux, je dois avouer que ce dernier m’a particulièrement bouleversée. 

Lui qui m’avait convaincue dans Le Dernier métro, démontre à nouveau son talent d’acteur dans La Femme d’à côté. Entre assurance et vulnérabilité, il incarne à merveille cet homme marié que les braises du passé viennent douloureusement consumer. En dépit de ce charisme imposant, il parvient toutefois à laisser de la place à sa partenaire de grand écran, Fanny Ardant. Si son timbre de voix si particulier pourrait en agacer certains, il faut reconnaitre que celui-ci se fond complètement dans la personnalité de Mathilde. Ardant utilise à bon escient son aura mystérieuse afin de faire vivre son personnage.

 La seule critique qui pourrait être formulée à l’encontre de ces deux protagonistes est le manque d’émotions qui nous les rend parfois distants. Malgré la passion de leurs dialogues corporels et la véhémence de certains de leurs échanges, ils restent bien souvent entravés par la froideur de leur charisme. J’aurais aimé peut-être les rencontrer plus enfantins dans l’adultère. 

Comment parler des personnages sans parler de Mme Jouve ? Rarement un personnage secondaire ne m’aura autant bouleversée. Son rôle transcende amplement celui de la simple narration et son importance capitale pourrait se résumer à son omniprésence temporelle : en transmettant les leçons du passé, elle soulage les tumultes du présent tout en annonçant subtilement les couleurs de l’avenir. Elle semble parler aux personnages et aux spectateurs ; elle les met en garde sans jamais devenir moralisatrice. 

Les autres personnages secondaires sont également bien écrits -Roland notamment- même si un peu plus de profondeur aurait été appréciée chez les conjoints respectifs de Bernard et Mathilde. 

Le fil scénaristique que suit La femme d’à-côté est sûrement exploité depuis la nuit des temps. Pourtant, Truffaut parvient à se l’approprier et à en faire un récit aussi moderne qu’il est intemporel. Chaque détail, chaque évolution de personnage, chaque dialogue sonne juste. Jusqu’à la fin, explosive, le réalisateur a su construire son récit afin qu’il résonne en chacun de nous.  

La Femme d’à-côté est un très bon film de François Truffaut. Assez conventionnel dans sa mise en scène, mais percutant cependant dans son esthétique et dans sa narration. Ce long-métrage, qui fut l’avant-dernier du réalisateur, réussit l’exploit de parler au personnel en racontant l’universel.

Angèle Bourdrez

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