-1939, ça te dit quelque chose ?
– Évidemment, c’est le début de la 2GM.
– La quoi ?
– La seconde guerre mondiale.
– Mais non… la France est entrée en guerre en septembre, moi je te parle de février 1939.

Par vagues émotives, le grand père de Valentin, adolescent de notre temps, raconte février 1939. À ce jeune homme passionné de dessin, il fait vivre sa propre jeunesse. Serge est alors gendarme dans les camps délimités pour les républicains espagnols réfugiés en France après la victoire de Franco à Barcelone. Il y rencontre Josep Bartoli, l’un de ces réfugiés, lui-même dessinateur et qui deviendra, des années plus tard, l’amant de Frida Kahlo.
Ici, une nouvelle fois, le cinéma d’animation prend le rôle de merveilleux conteur, fidèle à ces gens dont il transmet l’histoire. Sans limite, Aurel et ses dessins nous plongent dans un passé sombre grâce à quelques coups de crayon, eux-mêmes hommages à ceux du héros, avec une maîtrise virtuose de l’ombre. Les camps insalubres, la faim, la dépression et la mort envahissent l’image, violente comme seule l’animation peut la montrer.
D’une minute à l’autre, pourtant, tout devient lumineux, la couleur envahit l’écran, et c’est cette alternance qui arrache à chaque instant des larmes de joie ou de tristesse au spectateur. Serge est complice à son insu d’un système laid, profondément raciste, qu’il peine, comme tant d’autres, à dénoncer pleinement. Devenu vieux, il reconnaît cette part de lui et incite son petit-fils à faire de même. Ainsi, alors que Valentin s’emballe – il préfère un coup de théâtre dans lequel son aïeul serait Josep, ayant volé le nom de Serge – le grand-père décline : on ne peut pas tous être justes ou talentueux, l’histoire décide. Il était bien gendarme français complice d’un régime violent, il l’assume.
C’est du grand cinéma que nous proposent Aurel et Serge, en plus d’un pan d’histoire, comme un tableau manquant à une exposition, qu’on vient un jour lui rendre.
Louise
