
28 minutes. C’est le temps qu’il faut à La Jetée pour marquer le cinéma de science-fiction pour toujours. Pour raconter l’amour du temps et le temps de l’amour.
Le film s’ouvre sur la jetée, ou plus précisément, sur le souvenir de la jetée, tout en photographie. Car ce qui frappe avec ce film, c’est l’efficacité de sa forme, de ses photos sur lesquelles viennent se poser la voix-off omnisciente de Jean Négroni. Quoi de mieux pour symboliser le temps qui passe, que l’éternité de l’image fixe ? Les souvenirs paraissent d’autant plus réels car hors du temps, figés sur la pellicule, comme figés dans la tête du héros.
La jetée inanimée donc, qui dans un paradoxe poétique presque ultime représente la quintessence de l’anima, l’archétype de la femme vue par l’homme.
A une époque où les images abondent, il devient indispensable de découvrir ou redécouvrir ces expériences cinématographiques de roman-photo, l’immobilité comme celle de la première image jamais créée par l’Homme.
C’est redécouvrir aussi un scénario pur, cyclique, qui aborde une complexité infinie dans une forme narrative épurée. Un scénario cyclique, dont on retrouve d’ailleurs des influences aujourd’hui, notamment dans la série Netflix allemande Dark.
La Jetée est un indispensable, le film le plus connu de celui qui disait de lui-même : « Chris Marker, the best known author of unknown movies. »
C’est vivre, enfin et surtout, l’émotion devant la jetée vide au 16ième jour.
Nina Destout
