Moonlight, Barry Jenkins, 2016

Grand vainqueur de la cérémonie des Oscars 2017, le long-métrage de Barry Jenkins a su, dès sa sortie, bouleverser le jury autant que le public. J’ai vu Moonlight très récemment et je ne peux que confirmer toutes les louanges dont il a fait l’objet. Le film illustre, en trois chapitres, trois périodes de la vie de Chiron, un jeune afro-américain issu d’un quartier pauvre de Miami. Durant son enfance, son adolescence et sa vie d’adulte, nous le voyons se questionner sur sa sexualité et sur son identité tout en surmontant les difficultés liées à son environnement.

La réalisation de Moonlight ne se démarque pas par son inventivité. Si certains ralentis et travellings sont particulièrement travaillés, elle reste relativement traditionnelle. Elle expose bien plus qu’elle ne dénonce mais sait cependant accéder à l’intimité sans jamais glisser vers le voyeurisme. Les personnages évoluent sous le regard bienveillant de la caméra, et nous touchent donc d’autant plus qu’ils nous semblent proches. 

L’esthétique du film, elle en revanche, nous éblouit et s’impose comme l’extension du récit : aussi violente qu’elle est poétique. Grâce à l’utilisation du bleu, du violet et du noir, James Laxton, le directeur de la photographie, crée un triptyque de couleurs accompagnant Chiron dans le triptyque de son histoire.  Chacune des couleurs pourrait endosser plusieurs significations différentes. À l’aide de lumières ou de sources extérieures (l’eau, la nuit, les néons…), Laxton parvient à baigner le personnage principal dans ces multiples ambiances, véritables métaphores de ses états d’âme. Il utilise ainsi l’esthétique pour donner vie à l’intériorité de Chiron.

Les acteurs contribuent grandement à la proximité avec le spectateur. Alex R. Hibbert, Ashton Sanders et Trevante Rhodes, qui interprètent Chiron à différents âges, parviennent à allier leurs individualités avec l’identité du personnage.  Tous révèlent à leur manière la sensibilité de Chiron, que ni la violence ni le silence ne pourra effacer. Dans Moonlight, les personnages secondaires ont une importance capitale. Si Naomi Harris est bouleversante dans sa figure de mère droguée, Mahershala Ali comble le casting en incarnant un mentor paternel pour Chiron. Ses apparitions, peu nombreuses, suffisent pour émouvoir, mais aussi pour questionner. Les rares dialogues sont toujours pertinents, et comme dans tant d’autres bons films, les silences sont souvent les plus parlants. 

En plus de prendre à revers de nombreux clichés sur les Noirs aux États-Unis, Moonlight parle de l’homosexualité d’une manière aussi intelligente qu’elle est libératrice. En mettant ainsi en scène l’intersectionnalité (la mise en commun de différentes discriminations sociales), Barry Jenkins prouve que ce genre de récit fait cruellement défaut au cinéma d’aujourd’hui. Le réalisateur parvient à confronter le spectateur en usant de violence autant que de poésie. Grâce à son esthétique, à sa réalisation, à sa musique, Moonlight transcende le simple parcours de Chiron en mettant en lumière les luttes de tous ceux et celles qui pourraient se reconnaître en lui.

Si la forme de ce film est donc un pari gagné, le fond illustre un combat qui ne l’est pas encore.

Angèle Bourdrez

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