Why is The Greatest Showman the greatest show?

No spoil

Ladies and gents, this is the moment you’ve waited for…Un musicals plein d’espoir et profondément feel-good, quoi de mieux que de chanter la bande-originale de The Greatest Showman (2017) ?

Michael Gracey nous conte l’Histoire de Phineas Taylor Barnum, le créateur avant-gardiste du cirque. D’abord employé de bureau dans une entreprise aliénante qui ferme ses portes en renvoyant tout son personnel, il crée son premier Freaks Show après avoir embauché une dizaine de personnes hors du commun. Il met en scène un spectacle et tente par tous les moyens d’attirer un public. « Your fever dream, can’t you see it getting closer… ».

Outre le scénario parfumé de l’American Dream et cette furieuse volonté de vivre de sa passion, de suivre son intuition, de chanter l’amour de soi, de hurler ce besoin d’exister, The Greatest Showman a un casting fantastique : Zendaya, Keala Settle, Michelle William, Rebecca Ferguson, Zac Efron, Hugh Jackman… Et une romance musicale entre Zendaya et Zak Efron, qui y dit non ?

Quand le film se termine, on aimerait qu’il dure encore une (voire six) heure de plus. Il est difficile de quitter l’univers et les chansons de cette troupe d’acrobates tant ce long-métrage nous emplit de joie de vivre. C’est une des comédies musicales à voir quand on cherche à sortir d’un mood maussade ou quand on veut se motiver pour un projet. Parce que c’est là sa plus grande qualité : le personnage de Phineas Taylor Barnum nous prouve par sa détermination immense que tout est possible quand on rêve, travaille, ose, et n’abandonne jamais*.

We light it up, we won’t come down!

Kënza Simon-Auriol.

*citation de Xavier Dolan à la remise de son prix au Festival de Cannes en 2014.

A lire pour compléter le visionnage :- comparaison entre le réel et le fictif : https://www.historyvshollywood.com/reelfaces/greatest-showman/

Black Panther ou la petite pépite de l’univers Marvel

Une affiche de "Black Panther" malencontreusement associée à « La ...

D’après le dictionnaire Larousse, un Blockbuster est une production cinématographique à gros budget publicitaire, destinée à produire des profits record. 

Depuis 12 ans, avec la sortie du premier Iron Man nous pouvons voir régulièrement des films de la saga de l’infinité, regroupant tous les films de l’univers Marvel au cinéma. Autant dire clairement que ces dernières années nous ont déçues en blockbusters. Souvent les mêmes protagonistes avec des plagiats scénaristiques toujours plus médiocres et prenant place dans des métropoles. A chaque production des budgets pharaoniques, pour rien d’extraordinaire.

En 2018, un nouveau Marvel est sorti. Le troisième film de Ryan Coogler est une agréable surprise et une innovation dans plusieurs domaines. En quoi Black Panther est un blockbuster innovant ?

Après les événements de Captain America : Civil War, T’Challa retourne au Wakanda pour gouverner sur son Pays mais des ennemis conspirent pour le détruire car il possède le vibranium, un matériau rare. Black Panther s’allie avec la CIA pour les arrêter.

La plupart de l’histoire se situe au Wakanda, un pays imaginaire se trouvant en Afrique subsaharienne, près de l’Ethiopie. Nous ne sommes pas dans une grande ville américaine comme dans les films Iron Man. Certes, la capitale du pays est remplie de buildings, donnant un aspect futuriste mais en harmonie avec la nature avec la présence de murs végétaux. Nous nous retrouvons dans un nouveau pays, (qui n’a jamais été exploité à l’écran), avec de vastes prairies mais (aussi) de grandes montagnes. Certaines scènes sont également situées à Busan en Corée du Sud, notamment la scène du Casino, mais aussi à Londres pour la scène se déroulant dans le musée. 

Le film repose essentiellement sur des personnages africains ce qui ajoute une dimension encore très peu vue dans le cinéma grand public hollywoodien. Le scénario peut sans doute être considéré comme vu et revu, cela dit ça ne le rend pas moins inintéressant. Coogler a choisi de travailler sur la psychologie des personnages plus que sur les scènes de combat, trop souvent vu dans les Marvel et un peu redondant.

Le successeur de Black Panther, le roi T’Challa doit assumer une faute du passé qui n’est la sienne mais celle de son père et pour cela sa place au trône est menacée. Il doit affronter Eric Killmonger, son cousin caché que son père a choisi d’abandonner en Californie.

Par conséquent ça fait de Killmonger un méchant crédible mais surtout un enfant fragile et meurtri par l’assassinat de son père et le rejet de Wakanda, dont il cherche terriblement un moyen de se venger. 

On nous montre notamment cette fragilité devenue haine dans une scène touchante lors de l’initiation de Killmonger en Black Panther sensé le mener vers ses ancêtres mais qui l’emmène finalement face à son père où des champs-contre-champs vont se succéder entre l’enfant qu’il a été et ce qu’il est devenu.

T’Challa est ce que Killmonger aurait pu devenir s’il n’avait pas été exclu de Wakanda, l’un a eu une famille pour le soutenir l’autre a grandi seul dans une ville dangereuse. C’est en cela que Black Panther est un film profond qui traite de l’humain avec subtilité.

S’ajoute à cela une réflexion politique sur l’aide que peut apporter le Wakanda aux pays opprimés, sous la dictature ou encore à l’accueil de migrants dans leur pays. Le personnage joué par Laputa Nyong’o, la princesse Nakia incarne cette volonté de venir en aide à ceux qui en ont besoin. C’est une femme forte, courageuse et indépendante dont son rôle ne se limite pas à protéger son pays. Mais également à s’ouvrir au monde pour leur apporter soutien et technologies avancées afin de leur rendre une vie meilleure.

Bien que les rôles féminins soient secondaires, Coogler prend soin de les travailler. Tout comme Nakia, les autres personnages féminins brillent de par leur intelligence, leur force et leur humour. On peut citer la sœur de T’Challa, Shuri, prodige en matière technologique, Okoye, générale à la tête des guerrières Dora Milaje et fidèle au Wakanda ainsi que la reine Ramonda, une femme qui inspire le respect.

Il est plaisant de retrouver aussi de grand acteurs tel que Martin Freeman et Andy Serkis qui ne déçoivent pas dans leur interprétation.

Le film commence par retracer l’histoire du Wakanda, afin de nous donner le contexte. 

Coogler nous rappelle à quel point la tradition est importante car l’intrigue débute dans un musée présentant une collection d’objets appartenant à des pays du continent africain. C’est un lieu révélateur pour rappeler des coutumes passées ou qui sont toujours d’actualité. Mais il nous laisse aussi réaliser que ces objets ont été volés au pays d’origine: Killmonger indique que les objets ont été dérobés, pour pouvoir être exposés. Cela nous permet également de comprendre pourquoi les ancêtres du Wakanda ne voulaient pas partager leur technologie du Vibranium, car elle serait exploitée par les autres pays.

Nous retrouvons également les combats, avec des armes blanches : glaives, lances,… Rappelant les combats de tribus africaines. La scène du Casino, mélange armes à feu et armes traditionnelles ce qui forme en contraste entre modernité et tradition.

Les costumes ont été réalisés par Ruth E. Carter, qui a d’ailleurs remporté l’Oscar de la meilleure création de costume en 2019. Ils sont dotés de détails incroyables comme sur la coiffe de la mère de T’Challa, contrastant avec les tenues des personnages Marvel habituels, comme la combinaison de Captain America. Nous pouvons clairement voir les inspirations, que ce soit dans les bijoux, le maquillage mais aussi les motifs et couleurs sur les tissus. Ce qui rend l’ensemble festif, coloré et surtout très agréable à regarder!

Quant à la mise en scène, elle est époustouflante. Ryan Coogler nous offre de quoi nous émerveiller et nous en prendre plein les yeux grâce à des plans d’ensemble à couper le souffle.

Les paysages de nature rappellent les terres africaines remplie de richesse. Bien que les scènes n’ont pas été tournées en Afrique, elles restent fidèle à ce que le continent peut offrir. 

Pour citer T’Challa qui rentre de mission après une longue absence avec Okoye et Nakia «On ne s’en lasse pas». 

Les scènes de combat n’ont rien à voir avec les buildings et les métropoles qui finissent souvent par être détruits comme dans les précédents Marvel. Rien à voir avec les explosions et les voitures qui volent sans cesse. Rien à voir avec les foules hystériques qui courent partout. Ici les choses se font dans les règles. Les combats ont lieu dans des endroits spectaculaires -notamment lors du sacre de T’Challa- précédé d’un combat avec M’Baku, chef d’une des cinq tribus du Wakanda.  

Une scène de combat incroyable, avec des cascades exceptionnelles artistique. On a l’impression qu’ils mènent une danse, une danse violente, virulente mais splendide et rythmées par les tambours diégétiques puis extra-diégétiques et les cris des spectateurs. La musique qui monte en crescendo nous tient, durant le combat, en haleine. Une très belle scène avec des images de synthèses réussies.

La prise de vue a été faite par Rachel Morrison. Elle a allié le traditionnel et le moderne. Les couleurs sont douces, tendant vers le chaud, pour rappeler les paysages caractéristiques du continent, le sable, la chaleur, les montagnes. 

Mais sur certaines scènes, surtout celles de nuit, ou en intérieur, nous retrouvons des effets de néons. 

Ainsi nous avons des contrastes au niveau visuel entre le Wakanda aux yeux du monde : un pays d’apparence pauvre, mais cachant une puissance technologique. Nous pouvons parfois voir à l’image ce contraste, avec par exemple, un bout du vaisseau en amorce, avec en arrière plan la steppe. La scène du casino, tournée en un plan séquence d’une minute, est le témoignage d’une grande préparation: il permet de rendre l’action beaucoup plus intense, et nous avons l’impression de la vivre en même temps que les personnages.

Alicia Wale, étudiante en cinéma, & Clémence, dans le cadre d’un atelier d’écriture critique portant sur les Blockbusters.

Mid90’s, un film d’apprentissage

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   En 2019 sortait en salle le fabuleux Mid90s de Jonah Hill. Premier film en tant que réalisateur et scenariste, il est connu comme acteur – particulièrement pour son rôle de Donnie Azoff dans The Wolf of Wall Street (2013) de Martin Scorsese.

Vus à deux reprises au cinéma d’art et d’essai American Cosmographe (24 Rue Montardy à Toulouse / à 1min à pied de l’arrêt Capitole sur le métro A − mon cinéma toulousain favori), je ne pouvais me résoudre à ne pas écrire à son propos.

Ce long-métrage de 1h25 est tourné en format 4:3 – c’est-à-dire une image presque carré, comme, récemment, le film Mommy (2014) de Xavier Dolan – et en pellicule de 16 mm qui offre un rendu granuleux. Dès les premières secondes, nous sommes plongé.e.s dans l’ambiance nineties. Des images tournées au Super 8 se mêlent à la narration et amplifient cette impression.

L’histoire est celle d’un garçon de treize ans nommé Stevie, joué par Sunny Suljic, qui vit à Culver City, une banlieue de Los Angeles, dans les années ’90, qui rencontre quatre adolescents dans un magasin de skate. Si eux sont passionnés et savent skater, nous offrant de belles scènes presque chorégraphiées alors qu’ils zigzaguent sur une pente au moment du couché de soleil, Stevie sait à peine rouler avec. Son apprentissage est monté à la manière d’un clip. La caméra est fixe et les plans s’enchaînent avec des cuts où nous le voyons tenter des ollies, chuter, se relever, recommencer, et devenir triomphant. Il ne deviendra jamais à l’aise avec la planche, ce n’est pas là le propos.

Se lie alors une amitié vibrante grâce à laquelle il grandira, ses amis comme de nouveaux grands frères pour compenser sa relation avec le sien. Dans un rapport bourreau / souffre-douleur, il y a un amour fraternel qui n’arrive pas à exister sans violence. Stevie apprend alors à aimer avec douceur, à soutenir et à encourager, surtout avec Ray (Na-Kel Smith), le plus âgé. Il est le pilier du groupe et tente de faire avancer tout le monde vers la meilleure version de chacun. C’est une famille où tous tentent d’échapper à leurs détresses familiales.

C’est un film qui m’a beaucoup touché par son rapport à l’adolescence, à la peur de devenir adulte, à ces révolutions contre l’autorité parentale ou fédérale, au racisme, à l’amour que l’on ressent mais qu’on ne parvient pas à mettre en mots ou en actes, et surtout une ode à la fraternité et à la solidarité. Stevie se questionne autour de sa sexualité, de son rapport aux drogues, et trouve ses réponses dans son plongeon dans une nouvelle vie loin du regard de sa mère. C’est le film parfait à regarder quand on se sent un peu morose, il donne le sourire et déborde d’une insolente innocence.  

Si la fin m’a semblé facile, voire cliché, je l’ai occulté pour ne me souvenir de ces mouvements de caméra formidables et de cette bande-originale d’Atticus Ross et Trent Reznor qui nous plonge dans les virées à travers la ville et dans les soirées étudiantes.

Pour finir comme Mona Caligo : 

Vive le cinéma et vive Olan Prenatt (qui joue FuckShit).

Kënza Simon-Auriol.

A lire aussi :

La Libre (FR)

Culturopoing (FR)

The Guardian (AN)

NY Times (AN)

The Great Gatsby de Baz Luhrmann ou l’Art du non-conformisme

 

La grande affiche du film Gatsby, Articles ménagers, décoration ...

Un cinéma hors normes, osé, subtilement intelligent.

Le personnage de Gatsby est déjà connu du public lorsque Baz Luhrmann décide d’adapter une fois de plus le roman de F. Scott Fitzgerald. Le réalisateur se doit donc d’exceller, sous peine d’assombrir cette lignée artistique dont on ne compte plus les œuvres, créant ainsi deux heures et vingt deux minutes d’images somptueuses et brillantes qui à elles seules contiennent tout ce que le cinéma a à offrir. On y découvre toute la magnificence du septième art. 

Allégorie du risque, The Great Gatsby est un chef d’œuvre d’habileté. Sous des allures faussement maladroites, les époques et les thèmes sont minutieusement entremêlés et rien ne semble alors faire sens. Celui qui n’appréhende pas correctement l’incongruité du film ne se pose pas la question de savoir si elle n’est qu’argent et expérimentation hasardeuse ou audacieux coup de maître scénaristique. En cela, face à cette ambivalence qui caractérise le travail de Baz Luhrmann, il n’y a pas d’intermédiaire entre son adoration et sa répudiation, instaurant un lien très intime entre l’œuvre et le spectateur qui a su en jouir. The Great Gatsby est une extraordinaire aventure personnelle qui, de par son non-conformisme, offre une expérience propre et exclusive à tout spectateur emporté par son flot. 

Derrière sa superficialité, le film témoigne d’une extrême profondeur débordant d’authenticité. De son extravagance parfois presque grossière découle toute l’intelligence des réflexions instaurées par le récit; c’est un parfait alliage contradictoire. Il est dans les capacités de tout un chacun de comprendre le sens surfacique du film, mais le réel apport intellectuel de l’œuvre est bien plus subjectif, subtilement dissimulé dans toute l’absurdité des personnages, des lieux, des fêtes, des années vingt etc. À travers cette irrégularité, le réalisateur offre à chacun la possibilité de voir ce qu’il a envie de voir, de construire quelque chose de rationnel dans toute l’incohérence du film. 

The Great Gatsby est un chef d’œuvre absolu qui trouve tout son intérêt dans sa manière d’adapter le roman original. Au même titre que Everybody’s free to wear sunscreen, court clip vidéo paru en 1999, il semble universel et assez simpliste bien qu’intelligent alors qu’en réalité, il déborde de subtilité et puise ses ressources dans le spectateur lui-même. Finalement, le film ne pourrait appartenir au cinéma conventionnel, sans quoi tout son sens serait omis. Il fait partie d’un cinéma qui appelle à la participation intellectuelle du spectateur, un cinéma personnel, interactif. 

Avis écrit par Loris Aldebert

-Everybody’s free to wear sunscreen, Baz Luhrmann 

Bloodride, Kjetil Indregard et Atle Knudsen, 2020

https://www.cinechronicle.com/wp-content/uploads/2020/04/Bloodride-affiche.jpg

« Le mal que font les hommes leur survit, le bien est souvent mis en terre avec leur os. » -William Shakespeare (1564-1616)

Dans la veine de Fais Moi Peur, Chair de Poule ou Les Contes de la Crypte, cette anthologie d’horreur norvégienne propose des histoires courtes afin de vous procurer quelques frissons lors de ces longues après-midis de confinement. 

Loin des clichés d’Hollywood et des grandes productions, on sent ici une humilité qui fait plaisir à voir: des twists scénaristiques simples, alliés à un bel univers macabre. Cependant, rien de bien terrifiant non plus: cette série reste sobre, surtout pour un habitué de l’épouvante. Il y a certes quelques passages sanguinolents mais rien de bien méchant ni de choquant. On a en pour notre temps malgré deux ou trois longueur, ou certains épisodes pas assez originaux (bonjour aux fameux fantômes victimes qui se révèlent être des mauvais esprits !), mais ça a le mérite de ravir les fans d’horreur du premier jour. 

J’ai apprécié certaines chutes et tentatives de mise en abîme (Un terrible écrivain), et le deuxième épisode m’a complètement eut car je ne m’attendais pas du tout à cette fin. Il y a une inégalité entre les trois premiers épisodes, qui sont meilleurs que les trois derniers, de part les chutes, l’écriture, ou bien une gestion de la tension plus maîtrisée. 

Peut-être les réalisateurs auraient-ils dû plus piocher dans le folklore norvégien comme dans l’épisode 1 ? Cela reste dans l’ensemble une réussite car le format court se prête bien au genre, rappelant ces fameuses creepypasta que l’on raconte autour d’un feu de camp. 

Semblable à un Black Mirror, la série se tourne vers la violence et les côtés sombres de l’être humain plutôt que la technologie, comme pour nous rappeler qui contrôle les machines, et aussi à quel point l’homme n’a pas besoin de technologie pour faire ressortir le Mal qui sommeille en lui…

Le tout fonctionne grâce à ce chauffeur de bus qui, tout au long du voyage, vous présente ces personnages made in Norway. Même si on aurait apprécié pouvoir découvrir où le-dit véhicule les emmène… 

Prometteur, intrigant, et avec la présence d’un humour ténébreux qui a su me conquérir, je recommande chaudement cette anthologie. Je serais ravi de remonter un jour dans ce bus pour y découvrir d’autres histoires aussi recherchée que 

Un terrible écrivain, qui m’a rappelé pourquoi j’aimais l’écriture, et en particulier la plume machiavélique de Stephen King. 

Danny Jay

L’Atalante, Jean Vigo, 1934

Affiche Pliée 40x60cm L'ATALANTE (1934) Jean Vigo, Michel Simon RESSORTIE EC

Dernier film de la carrière de Jean Vigo, on dit de L’Atalante qu’il fait la synthèse de l’œuvre de son réalisateur, encore jeune adulte quand sa maladie l’emporte. Ici, on défie l’autorité, on explore, et l’on s’aime sous le regard d’une éternelle figure paternelle à laquelle Vigo tient tant, incarnée dans son ultime histoire par l’énigmatique Père Jules. C’est lui-même qui, parfois, semble nous conter le récit.

Dans des scènes dont on ne sait si elles provoquent en nous le malaise ou la fascination absolue, deux jeunes mariés partent en voyage sur une péniche : pour elle, Juliette, c’est la découverte totale, l’euphorie d’une expérience nouvelle qui la transforme en enfant curieuse à laquelle. On lui donne les pleins pouvoirs sur l’humeur du spectateur, comme rarement on les donne à une femme à l’époque. Pour lui, Jean, c’est la reprise de son quotidien en mer, en adulte résigné et incapable de se rendre compte que sa vie peut devenir douce. En plein réalisme poétique, Vigo nous raconte l’apprentissage de la vie de couple, mais surtout de la vie en communauté. Confronté à la jalousie, le dégoût, et la rancune, le spectateur apprend avec les personnages la confiance, l’écoute, l’absence de jugement et le pardon. En quelques semaines de navigation vers la sagesse, on comprend que la paix et l’harmonie ont parfois le prix de la désobéissance. Nous aussi, faisons la paix avec ce classique des cours de cinéma universitaires : que l’on s’attache à la délicatesse des plans ou que l’on s’irrite du comportement aveugle des personnages, Jean Vigo et L’Atalante nous auront toujours appris à voir plus souvent le visage de ceux que l’on aime au fond de l’eau. 

Louise Rivoiron

Les Sentiers de la Gloire, Stanley Kubrick, 1957

Une critique d’Angèle Bourdrez

Censuré à sa sortie en Suisse, en Espagne, en Belgique, en France et au sein des établissements militaires américains, Les Sentiers de la Gloire est aujourd’hui conservé à la « National Film Registry » pour son importance culturelle, historique et esthétique. Accusant l’état-major français, et plus généralement toutes les institutions militaires, il met en scène les soldats, les colonels et les généraux de l’armée française au cœur de la Première Guerre Mondiale. Le colonel Dax, joué par Kirk Douglas, doit ainsi mener ses hommes dans une attaque suicidaire , initiée dans l’unique but de promouvoir un général. La tentative échoue, les pertes humaines sont lourdes. Furieux de cet échec, les généraux décident de condamner trois soldats innocents, comme exemples de lâcheté. Le colonel Dax tentera alors de les défendre en cour martiale, en essayant de sauver ces hommes pour leur honneur et pour leurs vies. 

Les Sentiers de la Gloire s’inspire du roman éponyme de Humphrey Cobb paru en 1935. En l’adaptant au cinéma, Kubrick a su conjuguer l’importance du message dénoncé avec la puissance visuelle qui parvient à l’amplifier.  Le réalisateur sait faire parler sa caméra pour rendre ses enjeux plus authentiques, et ses dialogues plus palpitants.  À coup de travellings et de prouesses techniques, la mise en scène nous plonge au cœur de ces deux mondes, que sont l’avant du front et son arrière.

La réalisation utilise non seulement le génie technique, mais aussi l’espace dont elle dispose. Alors que les généraux sont montrés dans un faste particulièrement détonnant avec le contexte historique, les soldats eux, évoluent dans des espaces bien plus réduits. Les tranchées déjà étroites, en deviennent oppressantes lorsqu’elles font suite à un sol de marbre ; et les innombrables tableaux visibles dans les résidences des généraux, font écho à celui, bien plus cruel et bien plus réel, des soldats sacrifiés par vanité. 

La bande-sonore ne vient pas parasiter le récit, et là où certains choisissent de l’utiliser pour gonfler l’héroïsme, Kubrick laisse l’action chanter d’elle-même. À l’unisson avec les soldats, nous entendons les cris des balles, des obus et des morts. Kubrick voulait dénoncer la guerre : il laisse sa propre musique le faire. Le chant qui colore la scène finale, explose d’ailleurs d’humanité : si même les plus railleurs des soldats s’émeuvent aux larmes, les plus indifférents des spectateurs s’en verront bouleversés. 

Contrairement au choix esthétique du film, les personnages dépeints à l’écran sont tout sauf noirs et blancs. Kubrick choisit de ne pas les cantonner à un seul rôle, mais plutôt, de les montrer dans leur plus humble humanité. Alors quand le plus brave s’effondre en pleurs, que le plus déterminé cesse de lutter, et que le plus lâche parvient à s’excuser, le moins nuancé des rôles en reste emprunt de réalité. Les rôles des généraux français sont peut-être les moins développés, ils baignent sans en sortir, dans un mélange de cruauté, d’hypocrisie et de lâcheté. Mais le récit étant tellement contrasté, leur noirceur n’en devient que plus terrifiante. 

Stanley Kubrick a réussi dans son film à allier prouesses techniques et scénaristiques. Là où d’autres se seraient contentés de la donner en spectacle, lui montre la complexité de la guerre pour mieux dénoncer sa cruauté.

Dalí et Gainsbourg (vie héroïque)

Premier long-métrage de Joann Sfar, initialement auteur de bande-dessinées, Gainsbourg (vie héroique) peint avec une admiration non feinte le portrait de Lucien Ginsburg connu sous le nom de Serge Gainsbourg. Récompensé en 2011 par le César de la meilleure première œuvre, celui du meilleur acteur pour Eric Elmosnino (S. Gainsbourg), et enfin celui du meilleur son pour Didier Lupfer et Marc du Pontavice, ce biopic musical révèle un aspect fantastique qui lui donne des airs de conte et permet une photographie poétique. C’est un film qui marque à la fois par la splendeur des jeux d’acteur et par son esthétisme. Grande admiratrice du peintre, je fus ravie de l’apercevoir dans ce beau film. Les univers de Gainsbourg et Dalí se mêlent alors au sein de cette unique nuit d’amour avec Elisabeth Levistky.

Les deux hommes sont des personnages emblématiques du monde de l’Art. Tous deux avant-gardistes, ils sont connus pour leur rapport à l’argent − si l’un brûle un billet sur un plateau télévisé, l’autre est surnommé Avida Dollard – et pour leurs célèbres caractères. Lors de la séquence avec Elisabeth Levitsky, Gainsbourg est invité par elle chez Dalí, dont elle détenait les clefs de l’appartement – sans que cela ne soit expliqué ou justifié pour le spectateur ne connaissant pas leur histoire.

Les décors et les accessoires sont particulièrement visibles lors d’un plan fixe. D’abord devinés, la lumière apparaît ensuite pour permettre aux spectateurs de découvrir un appartement à vivre faisant aussi office d’atelier. On voit alors un tapis en peau de tigre étalé sur le sol, un squelette vêtu d’un voile noir ayant des épées à ses pieds, des plumes de paon, une sculpture verticale d’un serpent, et d’autres œuvres difficilement décryptables ; le tout forme une désorganisation minutieusement imaginée par le chef décorateur. 

L’appartement regorge de symboles daliniens. Sa période religieuse est apparue autour des années 1949 où il a peint pour la première fois Gala, sa femme, en madone : il y a de nombreuses références catholiques comme la croix noire accrochée au mur et la grande croix où Jésus est crucifié suspendue au dessus du lit. On remarque aussi le canapé rouge qui est un clin d’œil au Maé West Lips Sofa présent dans son musée à Figeras. L’ours blanc orné de colliers rappelle celui qui est à l’entrée de sa maison de Platja Portlligat (Cadaques) ou encore le cheval empaillé à Púbol dans le château de Gala, les animaux empaillés apparaissent beaucoup dans ses lieux d’habitations comme dans son musée – oiseaux, cygnes, hiboux… Le bijou de l’œil du temps, œuvre populaire de l’artiste, apparaît sous la forme d’une sculpture. Au-dessus de la grande porte vitrée sont fixées des branches de ferrailles qui ressemblent à des cils, cela ressemble grandement au style dalinien. Plusieurs peintures sont étalées sur le sol et Elisabeth explique qu’il s’agit d’œuvres de maîtres car il accroche les siennes, cela fait écho à sa mégalomanie. Les montres coulantes, œuvres majeures, réapparaissent avec la présence de plusieurs horloges plus ou moins ornementées. Des corps nus de femmes sont dessinés, un de ces croquis est entouré d’un immense piano qui ressemble à un escalier flottant. La présence de fumée de cigarette comme de mégots évoquent timidement Gainsbourg. 

Ainsi on comprend l’interdépendance qui les lie : le décor a un impact sur les personnages tout comme les personnages ont un impact sur le décor. Si Serge se montre gêné car il est chez Dali, Elisabeth Levitski s’y sent chez elle ; quand Elisabeth fait le croquis de Lucien Ginsburg, on remarque un dessin d’une femme nue et langoureuse sur le mur, celui-ci épousant parfaitement la cambrure de ses épaules alors qu’elle regarde Lucien avec des yeux rêvant d’érotisme. 

Pourtant, la musique extra-diégétique provenant d’abord de la scène précédente où Serge Gainsbourg jouait au piano rappelle la présence du chanteur. Comme pour induire sa présence, laisser de petites empreintes dans ce monde qui ne lui appartient pas encore et qui n’est que celui d’Elisabeth Levitski. Toute la sensualité de la tension sexuelle monte. Dans un premier temps, la musique romantique du piano les suit avant d’être rattrapée, toujours extra-diégétiquement, par un quatuor cuivre / percussion / violoncelle / trompette. Le violoncelle, dont les cordes sont fermement tenues, offre un son étouffé qui permet d’en faire un instrument à percussion dont la mélodie est bien plus précise. Cette nouvelle musique retentit quand les désirs sont affirmés sans l’ombre d’une ambiguïté. C’est un son sensuel qui répond à sa domination. Elle incarne une femme fatale, vêtue d’une tenue noire et d’un rouge à lèvre mat, ses longs cheveux mis en valeur par une coiffure impeccable, et le bruit de ses talons qui ne quitte pas l’espace sonore.

Dans ce long-métrage qui est une ode à l’artiste dont les déboires sont filmés avec une bienveillance grandiose, Christian Marti, chef décorateur de ce projet, donne vie à des décors travaillés dans les détails dont la beauté plastique révèle plus encore le conte que Joann Sfar revendique avoir réalisé. Les deux univers très marqués de Gainsbourg et de Dalí s’embrassent jusqu’à se fondre en un avec virtuosité. 

Au plaisir de vous lire aussi,

Kënza Simon-Auriol.

D’autres articles sur le film en lui-même

Le Monde

Les Inrocks

Bonnie and Clyde, Arthur Penn, 1967

Bonnie and Clyde (Penn, 1967) - LES CLASSIQUES DU CINEMA

Une mine d’or scénaristique maladroitement exploitée. 

Avant d’être une œuvre culte citée à tout va, Bonnie and Clyde est le récit d’une histoire rocambolesque et passionnante qui a bien plus à dire que ce qui apparaît dans le film. Entre enjeux passionnels et fraternels, rivalité et entraide, road trips et allers-retours en prison, le gang Barrow est une source d’inspiration à la hauteur d’un cinéma qualitatif et intelligent, ce qu’Arthur Penn n’a pas su retranscrire. 

C’est en 1967 que paraît Bonnie and Clyde, après quelques années riches en cinéma desquelles sont issus certains des plus grands chefs d’œuvres cinématographiques existant. Dans un contexte social particulier, le film d’Arthur Penn, simpliste et prévisible, devient rapidement l’objet d’un engouement remarquable et est aujourd’hui un classique du septième art. Alors, ce n’est pas tant l’œuvre elle-même qui est populaire, mais plutôt son thème, ce qu’elle a essayé de transmettre sans succès mais qui a tout de même su donner une voix à ce couple lui, en l’occurrence, digne d’intérêt. 

Si il m’est difficile d’attribuer le succès de l’œuvre d’Arthur Penn au film lui-même, quelques éléments indépendants les uns des autres sont tout de même remarquables. Très techniques, certaines scènes s’accompagnent d’une certaine tension qui, même si elle redescend dès lors que l’on entend le personnage de Blanche crier, apporte quelque chose de plus aux tirs de fusil et au sang coulant à flot. De même, après une heure et quarante minutes de film, la fin se fait sentir et, pour la première fois, nous sommes agréablement surpris de voir une séquence entière absolument captivante, rythmée et menée avec brio. Dans un autre registre, bien qu’évoluant dans un univers étrange dans lequel tout semble se concrétiser sans effort, les acteurs parviennent à être justes et se rapprochent, malgré l’apparente héroïsation, de ce que l’on pourrait imaginer de Bonnie Parker et Clyde Barrow; merci à Warren Beatty et Faye Dunaway d’avoir apporté une once de légitimation à l’œuvre d’Arthur Penn. 

Bonnie and Clyde est un film qui, à défaut de faire justice à l’histoire, nous la fait connaître et nous redirige vers les archives pour en savoir plus. 

Avis écrit par Loris

Euphoria, OCS/HBO, 2019

Euphoria (Original Score From the HBO Series) (OST) - Labrinth

Euphoria de Sam Levinson, est une série produite par Drake, si vous n’êtes pas un.e grand.e fan de rap américain, vous allez vous dire : « De quoi elle va me parler celle-là ? ». Pourtant, détrompez-vous, cette série est incroyable. Et je vais vous dire pourquoi…

Prenant place dans une petite ville des Etats-Unis, nous suivons les aventures tumultueuses d’adolescents de 17 ans. Le personnage principal est Rue, interprétée par Zendaya, elle a passé son été dans un centre de désintoxication après avoir fait une overdose. C’est sa petite soeur de 13 ans, Gia, qui l’a découverte.

Euphoria aborde tous les thèmes possibles touchant à l’adolescence : la drogue, la pornographie, les nudes, la sexualité,… Certains diront que ce genre d’histoire ne leur est jamais arrivé, pourtant comme le dit le créateur de la série, il y a bien quelque part dans le monde quelqu’un qui l’a vécu. 

Les thèmes abordés sont particuliers, mais cela n’empêche pas de rendre les personnages très attachant. La performance des acteurs y est pour quelque chose, ils ont tous un jeu naturel, comme s’ils interprétaient leur propre histoire, ce qui les rend encore plus crédibles. A noter que dans une interview, le créateur de la série a transposé son histoire dans le personnage de Rue, mais également un peu dans les autres, il précise qu’il a eu des problèmes d’addiction à la drogue.

Maintenant, rentrons dans la deuxième partie de « pourquoi cette série est géniale ». D’une part, la musique, composée par Labrinth (et non c’est pas Drake). Mais également par la photo, qui est exceptionnelle : sur l’ensemble de la série, nous verrons principalement des plans rapprochés avec une très faible profondeur de champ, ce qui nous fait entrer dans l’intimité de ces adolescents. Les lumières sont traitées d’une manière particulière, mais qui devient de plus en plus courante : par les néons. Les scènes étant souvent de nuit, la sensation de fête voire de clip est ainsi accentuée, avec les flashs (comme dans les soirées), ou par exemple, les couleurs roses et oranges écrasant les visages des actrices lorsqu’elles prennent de la drogue, mises en avant par des mouvements optiques, avec des voix tordues en pleines extases comme si l’espace-temps s’étirait…

Un autre point fort de la série, le maquillage. Beaucoup diront qu’il est osé, que personne à 17 ans va au lycée maquillé de la sorte. Pourtant, cela ajoute une dimension féérique aux personnages qui semblent ne pas se rendre compte des choses qu’ils font et pourtant, ils en sont maîtres. 

Les costumes sont aussi très impressionnants, surtout ceux de Jules (elle veut devenir styliste), nous la voyons toujours avec des couleurs pastels et douces mais parfois plus métallisées, reflétant parfaitement son personnage. 

Après avoir visionné la série, j’ai eu l’impression d’être dans une bulle, entourée de musiques électros comme All for Us de Labrinth, de couleurs pastels et de paillettes. La scène finale de cette première saison m’a fait penser à un clip géant, juste incroyable. 

Bref deux choses : premièrement regardez-la, deuxièmement, quand sort la deuxième saison ??

Clémence

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