Thelma et Louise, Ridley Scott, 1991

Une critique de Mona Caligo

Il est compliqué d’écrire sur Thelma et Louise, sans répéter sur tout ce qui a été déjà dit sur ce grand classique du cinéma. Je pense donc, dans cette critique, ne vous parler que de mon ressenti et ne pas faire de résumé, et ce pour deux raisons : ne pas répéter pour ceux qui l’auraient déjà vu et laisser les autres découvrir avec la même innocence que moi.

    Si un mot devait résumer ce film, ce serait libération. Libération du poids de l’existence, liberté du voyage, libre de vivre, d’être soi. ce film nous le dit: Vivez. Pour vous. Oubliez le reste. Vivez jusqu’à en mourir. 

    Il traite de la libération de soi mais aussi des relations toxiques de notre entourage, de la difficulté de s’en défaire, de la peur de l’inconnu, mais aussi et surtout: de l’amitié. L’amitié profonde, sincère. Jusqu’où pouvez-vous aller par amitié? Ici, la réponse est « partout ». Ce film montre à quel point une amitié nous aide, à grandir, à changer, à s’aimer, à s’ouvrir, à être maître de son destin.

    Pour Thelma, c’est une revanche sur la vie. Pour Louise, c’est un renouveau. Mais pour les deux amies, c’est surtout leur plus belle aventure. Et elle est magnifique à suivre, du début jusqu’à la fin. 

    Geena Davis (Thelma) et Susan Sarandon (Louise) sont, comme dans tous leurs rôles, absolument incroyables de justesse, et retranscrivent les émotions au travers de leur jeu d’une manière quasi parfaite. Quand à Brad Pitt, qui fût découvert dans ce film, il est, lui aussi, incroyablement talentueux. 

    Pour finir, c’est un film sur une amitié féminine, avec des femmes dans les rôles principaux, et c’est toujours un plaisir de voir des femmes représentées au cinéma, car il n’y en a malheureusement, encore aujourd’hui, pas assez. 

    C’est sûrement ma critique la plus courte, mais je veux vous laisser le découvrir avec le moins d’a priori possible, et j’espère que ce film vous touchera autant qu’il a pu le faire pour moi. Partez avec elles pour leur voyage, et vous en reviendrez forcément changé.es. 

    Bravo à Ridley Scott (dont le talent n’est plus à prouver), à Geena David, Susan Sarandon et Brad Pitt pour leur talent, et à toute l’équipe de ce film pour la création de ce chef d’œuvre.

Vive le cinéma.

The OA sur Netflix

Affiche

Parmi le catalogue du géant Netflix -que certain.e.s personnes n’hésiteraient pas à qualifier de « fast food »- se cachent des perles, bien plus qu’on ne pourrait le penser (nous choisissons ce que nous regardons et ce que nous mangeons, n’est-ce-pas ?). J’ai donc choisi de dévorer The OA comme un pancake fait maison accompagné de sirop d’érable. 

Créé par Brit Marling et Zat Batmanglij, nous avons ici une production de deux amis ayant fait leur premiers pas avec des court métrages et des projets durant l’université. Éloignés des grandes productions et des noms habituels, ceux-ci nous proposent une série étrange, un alien, une boule de cristal brillante dans laquelle nous ne pouvons que plonger avec un état d’esprit mystique, quoiqu’un peu sceptique. 

Le thème principal de la série tourne autour de la mort et de l’après-mort, l’au-delà, mais aussi sur la liberté des hommes en fonction de leurs choix dans la vie. De nombreuses références philosophiques, religieuses ou astronomiques axées autour de l’Art rendent le projet plus ambitieux et bien plus sucré; tel un glacage saveur vanille réussi sur le dessus d’un fondant au chocolat. 

Personne ne pourrait sortir du visionnage de la 1ère saison sans s’être interrogée sur sa vision de la vie, ainsi que la complexité que celle-ci implique: 

Qui suis-je ? Où vais-je ? Quand vais-je mourir ? Comment ? Ais-je une quelconque importance à jouer dans le monde, où ne suis-je rien d’autre qu’un grain de poussière à l’édifice qui finira par s’envoler avec le vent ? Telles sont les questions que je me suis surpris à penser en projetant mon esprit dans celui de Prairie, cette jeune femme perdue à la recherche de l’essence même de l’énergie que nous appelons Vie. 

Les musiques lancinantes du violons, les accords parfois lourds ou légers du piano nous entraînent dans une valse que ce couple d’amoureux danseraient dans la rue pendant leurs vacances, ou bien dans le métro de new-yorkais. 

Les dimensions se mêlent, plan après plan, dans cet univers à la fois bleu et glacial, vert et apaisant, même parfois gris et tranchant comme une lame. Le suspens est maintenu, l’émotion est grandissante, amusante, écoeurante; mais nous en réclamons plus car notre coeur nous crie que tout va s’arranger. 

Que tout peut encore s’arranger. 

Puis c’est la redescente, l’incompréhension. On chute de notre nuage tout en sachant qu’on y reviendra, telle une addiction. On se demande si tout ceci a un sens. Mais tout a-t-il le besoin d’être expliqué ? Peut-être pas. Certaines choses restent hors de notre portée, mais il ne tient qu’au spectateur de s’interroger et de se creuser les méninges. La réponse, au fond, est sûrement enfouie en lui. Comme la réponse à tout ce qui nous entoure d’ailleurs. Car c’est bien ici que réside le plus grand secret pour l’Homme: à l’intérieur de lui-même… 

The OA, c’est cette talentueuse violoniste pour laquelle je m’arrêterais afin de donner un billet. Et j’aurais l’intime conviction qu’un jour ou l’autre, elle finira par trouver le succès car elle fait ce qu’elle aime avec passion. 

La passion ne s’imite pas, elle se vie. 

Danny Jay

La dame au chien, Damien Manivel, 2010

La dame au chien sorti en 2010 écrit et réalisé par Damien Manivel raconte l’histoire d’un adolescent qui trouve un chien et décide de le ramener à sa propriétaire. En sonnant à la porte, il découvre une femme presque ivre qui lui propose de boire du rhum avec elle. 

L’ambiance trempée est sûrement l’aspect qui m’a le plus marqué. Cette humidité qui coule sur chaque plan, cette transpiration que l’on voit sur les visages et les aisselles, la sueur dont on devine l’odeur, puis la moiteur omniprésente, même dans la façon lente de parler des acteurs, on comprend que la chaleur est opaque, qu’elle est lourde et prend toute la place. En comparant au film Juste la fin du monde sorti en 2016 de Xavier Dolan où les gros plans sur les visages des personnages permettaient de voir la sudation comme un costume, dans ce court-métrage les plans moyens font deviner la transpiration alors que la chaleur s’invite dans chaque scène. Visible à travers les volets fermés au rez-de-chaussée, le soleil se fraye une place discrète alors qu’il a clairement empli l’espace à l’étage, dans la chambre de la femme. 

Le sentiment de malaise plane durant les seize minutes. Il est porté par deux facteurs interdépendants : le silence dans lequel ils baignent et dans lequel il se débat ainsi que la tension sexuelle qui naît entre les deux. 

Si le silence en soi n’a rien d’embarrassant, on ne peut que constater qu’il gêne le jeune homme qui l’emplit alors d’un monologue peu pertinent animé par de grands gestes, dont on doute de la réception et de l’intérêt de la femme. Si bien que la caméra ne se fige pas sur lui mais vagabonde – comme l’esprit de la femme – vers l’étage, suivant le chien, puis sur elle, avachie dans le canapé, portant visiblement peu d’attention à ses mots. 

Quand ils se retrouvent dans la chambre et qu’elle s’allonge sur le lit en lui demandant ce qu’il veut faire tout de suite, s’imaginer un désir sous-jacent apparaît comme évident quand nous sommes éduqués avec tant de codes hyper-sexualisés. Cette scène gorgée de longueurs et de non-réponse, laissant cette attente glisser, nous mène jusqu’à l’endormissement de la femme alors que le jeune homme la regarde en hésitant visiblement sur ce qu’il doit faire. 

En somme, c’est dans ma lecture des intentions du réalisateur que j’ai su apprécier La dame aux chiens et non dans le visionnage de l’œuvre, dont l’ambiance vaseuse n’a fait que me faire froncer les sourcils sans jamais me faire comprendre son but. 

Merci beaucoup d’avoir lu.

Kënza Simon-Auriol.

A écouter :
Interview de Damien Manivel

Les évadés, Frank Darabont, 1995

Une critique de Mona Caligo

Lorsque Loris m’a conseillé de regarder ce film, je ne m’attendais honnêtement à rien. Ce genre d’histoire ne me touche pas forcément et j’avoue que je ne le connaissais que de nom.

Je peux vous dire que ce film est devenu mon favori à présent. Je n’avais jamais ressenti ça en regardant un long-métrage. De la première seconde jusqu’au générique de fin, je n’ai pu détacher mes yeux du chef d’œuvre que j’étais entrain de regarder, il est donc très compliqué pour moi d’écrire cette critique tant j’ai de choses à dire.

L’histoire, pour ne pas en dire trop, se concentre sur le personnage de Andy Dufresne (joué par Tim Robbins), un ancien banquier qui se retrouve à la prison de Shawshank à perpétuité après avoir été accusé du meurtre de sa femme et de son amant. Il y fera la connaissance de Red (Morgan Freeman), détenu depuis 20 ans, et  il liera d’amitié avec ce dernier, ainsi que d’autres détenus.

Ceci est le minimum que je puisse vous dire, pour vous laisser le découvrir avec toute la simplicité dans laquelle je l’ai moi-même découvert. 

Je pourrais m’attarder sur les paysages très travaillés de la prison, qui nous font ressentir la tension et la difficulté de l’enfermement à chaque instant, je pourrai m’arrêter sur le jeu incroyable de chaque acteur, sur la façon dont le réalisateur emmène avec lui le spectateur tout au long du film, mais je préfère ici m’attarder sur ce que ce film va vous transmettre.

Une morale sur la vie. Une vision différente des choses. La beauté et la cruauté de l’homme. 

J’ai pleuré, énormément, je me suis attachée, souvent, j’y ai vu la violence des prisons, et je l’ai ressentie. Mais surtout, ce film m’a changée. Je ressors différente à la fin de la séance. Il m’a donné une leçon sublime sur la vie, sur la beauté des choses, sur l’importance de savourer la liberté, sur l’injustice du monde et sur notre pouvoir pour changer ça.

J’aimerais surtout vous dire que ce film m’a donné une leçon sur quelque chose: ne vous fiez pas aux apparences et à vos goûts pour le cinéma. Osez découvrir. Sans Loris, je ne me serai probablement jamais penchée sur ce film (ou alors, dans très longtemps) et je serai passée à côté du plus beau long-métrage que j’ai pu voir à ce jour. Alors ne restez pas bloqués sur vos à priori. Foncez. Découvrez. Abandonnez vous aux oeuvres et vous verrez que vous découvrirez des choses qui changeront votre vision de la vie.

Je ne peux donc que vous conseiller ce film (et il y aurait tant de choses à redire encore), et j’espère qu’il vous fera ressentir autant d’émotions qu’il a su le faire avec moi.

Merci Frank Darabont pour tout ça.

Vive le cinéma.

L’Aurore, de F.W.Murnau, (1927), un chef-d’œuvre du cinéma ?

Truffaut disait de lui qu’il était « le plus beau film du monde », il a été la source d’inspirations de bien des réalisateurs.rices, et encore aujourd’hui, il continue d’être placé en haut de la liste de nombreux cinéphiles.

Mis en scène en 1927 par Friedrich Wilhelm Murnau, L’Aurore est le premier film américain réalisé par le cinéaste allemand, après son invitation aux États-Unis par la Fox. Le scénario, écrit par Carl Mayer, s’inspire d’une nouvelle de Hermann Sudermann : Le voyage à Tilsitt. Sous l’emprise d’une maîtresse arrivant de la ville, un homme de campagne est sur le point d’assassiner sa femme. Y renonçant au dernier moment, il tente de rattraper son épouse qui s’enfuit à la ville, et va tout faire pour se faire pardonner. 

Murnau disposait d’un budget quasi illimité pour réaliser L’Aurore, et les décors du film viennent le confirmer. Au-delà d’un gigantesque décor de rue, illustrant l’effervescence de la ville, les personnages évolueront également dans une église, chez un barbier, dans l’atelier d’un photographe, au restaurant, ou même dans une fête foraine. Ces lieux, caractéristiques de la vie urbaine, ont autant d’importance que les décors ruraux également mis en scène. Murnau, en plus de savoir filmer la Ville, prouve dans ce film qu’il sait aussi filmer la Nature. Et celle-ci a un rôle essentiel pour le récit, puisqu’elle est à la fois théâtre et métaphore des états d’esprits des personnages. Le brouillard visible dès le début du film, symbolise à la fois le mystère entourant l’arrivée de la femme de la Ville, ainsi que les doutes moraux affectant le mari.  Le lac est également un point clé du long-métrage. Il est témoin des scènes de violence, de remise en question, et symbolise tour à tour, l’harmonie, le drame, et la bénédiction. Dans L’Aurore, les décors mis en scènes, qu’ils soient naturels ou artificiels, font plus qu’accueillir simplement les hommes et les femmes du récit : ils les incarnent, et les expriment.

La lumière semble en faire autant. Encore une fois, Murnau démontre son savoir-faire, en filmant aussi bien l’effervescence lumineuse de la ville et du jour, que le mystère propre à la campagne et à la nuit. Les scènes nocturnes sont saisissantes, et d’autant plus magistrales qu’elles fêteront bientôt leur siècle d’anniversaire. 

 À travers le personnage de la Femme de la Ville, on retrouve l’archétype de « la Vamp », rythmant de nombreux films muets, celui d’une femme aussi séduisante que mystérieuse. Et cette image est accentuée par les jeux de lumières. La pleine lune, mise en scène au début du film renforce en effet cette image de « Vamp » et le mystère qui l’entoure. Le procédé de surimpression, qui consiste à superposer une image à une autre, est également utilisé. Bien plus qu’un trucage visuel, il vient intensifier les états d’esprits des personnages, en leur donnant une dimension à la fois plus réelle et plus symbolique. 

Cette dimension symbolique est également induite grâce au scénario. Pourtant, on pourrait reprocher au script de Mayer un manque d’originalité. En effet, cette configuration de « triangle amoureux », si souvent utilisée au cinéma, pourrait à première vue lasser le spectateur. Mayer parvient cependant à la rendre digne intérêt, en sublimant peut-être son universalité. C’est cela qui m’a frappé en premier en regardant L’Aurore : sa délicieuse et terrible actualité. Les personnages, volontairement peu nommés, laissent à chacun la liberté de s’y identifier. Ces rôles, bien moins clichés qu’ils ne le laissent paraître, pourraient toujours être mis en scène aujourd’hui, 93 ans après la sortie du long-métrage. Cette universalité du scénario nous touche d’autant plus qu’elle est magnifiée par le génie de Murnau.  

Tout au long du film, les travellings nous plongent au cœur de l’action. Qu’ils soient utilisés pour introduire un personnage, pour le poursuivre, ou simplement pour l’accompagner, les mouvements de caméra orchestrés par Murnau servent le récit. On pense à celui du tramway, où le spectateur est placé directement à la place des personnages. Au même titre qu’eux, il voit le paysage et les décors défiler sous ses yeux. Les cartons, caractéristiques du cinéma muet, sont utilisés avec parcimonie et ingéniosité. Lorsque la femme de la ville propose à l’homme de noyer sa femme, les mots du carton s’effacent, presque engloutis par les flots. Comme si eux aussi, s’étaient noyés… En plus d’être visuellement percutant, ce carton accentue donc le réalisme et la cruauté de ce geste prémédité.   

Enfin, la direction d’acteurs dont fait preuve Murnau est irréprochable. Les trois acteurs principaux, que sont Janet Gaynor, George O’Brien et Margaret Livingston, incarnent leurs personnages en sublimant leurs nuances et leurs complexités. Janet Gaynor parvient grâce à son jeu, à donner une dimension profonde et réaliste à son personnage. Bien plus qu’une figure ingénue, elle réussit à transmettre les émotions et les états d’âmes d’une femme inquiète pour son couple, pour son mari, pour leur enfant, d’une femme qui réussit à affronter ses peurs, ses blessures et ses doutes. 

Dernier point, à ne pas laisser de côté : la musique de L’Aurore. Elle joue un rôle essentiel. Le film de Murnau fut l’un des premiers à comporter une partition musicale et une bande-son synchronisées. Et malgré les difficultés qu’aurait pu engendrer une telle technique, le cinéaste est parvenu à l’intégrer totalement dans son œuvre, et même à s’en servir pour transcender le récit. Ainsi, la musique suit l’évolution des personnages, épouse l’action et lui offre une toute nouvelle dimension. 

Du fait de son coût de production, L’Aurore fut un échec commercial à sa sortie, malgré son succès critique. Aujourd’hui pourtant, il continue d’être considéré comme l’un des plus beaux chefs-d’œuvre de l’Histoire du cinéma. Et s’il réussit à toucher autant de générations, s’il parvient à réunir une adolescente de 19 ans et un professionnel du cinéma, il y a de grandes chances pour qu’il ne vous laisse pas indifférent. À sa sortie en 1927, un critique américain résumait sa portée : « Lorsque l’on aura oublié tous les films à succès, L’Aurore lui, continuera d’être projeté. »

Angèle BOURDREZ

Mustang, le « The Virgin Suicides » turc ?

Primée pour ce tout premier film en 2016 aux César, Deniz Gamze Ergüven peint le portrait de cinq sœurs vivant dans un village en Turquie. Alors que l’année scolaire prend fin, elles vont jouer dans la mer avec leurs amis d’école. Comme tous les enfants, elles s’éclaboussent, se poussent dans l’eau, et montent sur les épaules des garçons pour chahuter. Mais quand elles rentrent à la maison, elles retrouvent leur grand-mère qui les frappe car la voisine lui a rapporté qu’elles avaient « frotté leurs entrejambes sur la nuque des garçons ». Lale, Nur, Ece, Selma et Sonay baignent dans la culture pudique et sévère envers les femmes qui les plongent peu à peu dans un huit-clos dont on sait pertinemment qu’elles ne sortiront pas toutes.     Jouées par Güneş Şensoy, Doğa Doğuşlu, Elit İşcan, Tuğba Sunguroğlu et İlayda Akdoğan, la sororie émane d’une énergie particulière qui traduit une vive impuissance alors qu’elles tentent de se protéger mutuellement et de faire front ensemble contre les restrictions de leur famille.

    De nombreuses scènes font écho au film The Virgin Suicides (2000) de Sofia Coppola racontant la vie de quatre sœurs après le suicide de la benjamine. L’autorité abusive de leur mère et la passivité collaborative de leur père ne fait que croître jusqu’à leur déscolarisation et leur enfermement dans la demeure familiale qui les conduisent elles-aussi au suicide. On note les plans où elles sont allongées toutes ensemble sur le sol leur chambre, leurs peaux dénudées baignées de soleil, présents dans les deux longs-métrages. La construction de barreaux aux fenêtres afin de renforcer l’idée d’enfermement. La cadette a une sexualité voire un petit-ami, contrairement aux autres qui l’effleurent ou n’en sont pas préoccupées, elle brave même les interdits pour assouvir ses désirs.

    C’est un tableau plus politique qui est présenté par Deniz Gamze Ergüven. Elle y dénonce une culture répressive et sexiste, montre la différence de traitement entre les filles et les garçons, les mariages forcés et arrangés, le viol, le rôle de la bonne épouse qui cuisine et reste silencieuse dans ses vêtements amples qui cachent toutes les formes, la virginité de la femme appartenant au mari… 

    C’est, je crois, un de plus beaux films que j’ai pu voir. Les sœurs ne sont pas montrées comme des pions subissant la société turque, au contraire, la réalisatrice insuffle un vent de liberté en chacune d’elle individuellement. Elle a écrit : « […] je ne voulais pas faire de ces filles des victimes, il fallait leur rendre leur aspect solaire, leur dignité et leur liberté intérieure. ».

    En espérant que cela vous aura donné le goût de voir Mustang (et Virgin Suicides !).

    Merci beaucoup d’avoir lu,

    Kënza Simon-Auriol.

Pour lire à son propos :

Les interviews de Deniz Gamze Ergüven :

Au féminin

Slate

Journal de bord de la réalisation du film

Dead Poets Society, Peter Weir, 1990

Un film qui a sans aucun doute révolutionné les mœurs de son époque mais qui, vingt ans plus tard, ne se démarque que par la finesse de sa réalisation. 

Dead Poets Society est une leçon de vie. D’une écriture exquise, Tom Schulman y définit intelligemment la notion de Carpe Diem, aujourd’hui criblée de clichés. L’incroyable Robin Williams enseigne à ses élèves une manière d’exister, il leur inculque la poésie de la vie. Le film de Peter Weir est un monument d’habileté qui ne saurait laisser quelconque spectateur indifférent, toutes époques confondues. Fondée sur des valeurs fortes et indubitables, l’œuvre est universelle mais tend à perdre de sa beauté tant la sagesse et l’intelligence dont elle fait preuve sont aujourd’hui sources majeures d’inspiration dans d’innombrables domaines. Plusieurs dizaines d’années après sa parution, et encore quelques dizaines d’années après la temporalité du récit, le message du film perdure et ce malgré l’évolution sociétale; c’est une prouesse.  

Dead Poets Society est une démonstration de pertinence et de qualité. Porté par une pléiade d’acteurs faits pour leur rôle, le film est en mesure de modeler l’esprit de son spectateur à sa guise. Introduisant rêves de jeunesse et de liberté dans une inextricable réalité, Peter Weir va au delà de ce qu’écrit Schulman pour nous plonger dans l’universalité de son œuvre. Après deux heures de film, il est difficile de se dire que tout cela ne nous est pas arrivé à nous, que nous ne connaissons pas ce fascinant professeur Keating et que ces jeunes garçons ne sont que le fruit de l’imagination du réalisateur et de son équipe. Au même titre qu’un poème, l’œuvre nous introduit dans sa fiction et vient nous toucher au plus profond de nos souvenirs et de nos émotions.

Dead Poets Society est un des précepteurs de toute une manière de penser qui se trouve aujourd’hui ancrée dans notre société. On ne se contente pas de voir 24 images intelligentes par seconde, nous sommes les heureux spectateurs d’un apprentissage cinématographique. 

Pour profiter de toute la profondeur de l’œuvre, elle se doit être appréhendée à temps, avant de connaître la forme moderne de la pensée qui y est décrite. Cela dit, le film reste largement digne d’intérêt même pour le ou la plus sage des Hommes. 

Avis écrit par Loris Aldebert

BoJack Horseman et la question du personnage secondaire

Sans spoiler

Après avoir à maintes reprises entendu parler de cette série animée, notamment par le biais de Corentin qui en parle avec beaucoup d’enthousiasme, j’ai visionné (binge watché en un weekend…) BoJack Horseman imaginée par Raphael Bob-Waksberg et mis en ligne sur Netflix de 2014 à 2020 à raison de 6 saisons de 12 (16 pour la dernière) épisodes d’environ vingt-cinq minutes ; cette série est entrée dans mes œuvres cinématographiques favorites. Souffrant des clichés et des préjugés liés à sa forme, certains spectateurs ne découvrent pas l’intelligence et l’émotion de son fond.

En quelques mots, le personnage central est BoJack Horseman, un cheval américain (la trame se déroule aux États-Unis, le plus souvent à Hollywoo) ayant été l’acteur principal d’une célèbre sitcom fictive Horsin’ Around dans les années 1990 et essayant une dizaine d’année après de retrouver le succès. Le présenter comme personnage central n’est pas au hasard car tous les personnages secondaires tournent autour de lui comme le feraient des atomes autour d’un noyau central. Tout son entourage, professionnel comme personnel, apparaît avec ses propres objectifs, contraintes et valeurs, et vit une évolution à l’image de celle de BoJack. Tous sont travaillés à la fois au niveau de leur caractère comme de leur historicité : ils ont un passé qui a son influence sur l’histoire. La question du personnage secondaire est alors traitée avec finesse au point que certains épisodes mettent davantage en lumière des personnages habituellement considérés comme d’arrière-plan.

BoJack évoque sa relation avec ses parents d’abord en mentant puis, trahi par les flashbacks, on découvre la détresse dans laquelle il a été plongé dans l’enfance et la colère qui l’habite à l’âge adulte. Lors d’un épisode consacré à ses parents, on les découvre de leur rencontre à leurs morts. Leurs propres relations avec leurs parents à eux sont alors mises en perspective avec leurs comportements envers BoJack sans que cela leurs serve d’excuse. Mieux, quand BoJack justifie son attitude en parlant des modèles parentaux qu’il a eus, Todd, un de ses amis, le reprend en lui disant que c’est à lui d’agir conformément à ce qu’il est dans le présent ; « You can’t keep doing shitty things, and then feel bad about yourself like that makes it okay! You need to be better! ». Loin des clichés, on rencontre des chevaux dont l’humanité est déstabilisante et les sentiments du spectateur ne peuvent que vaciller. Ils ne sont pas montrés comme « les méchants » mais, au contraire, comme des personnes ayant des failles. Tout au long de la série, on entend parler d’eux, ils reviennent comme des fantômes, les plaies toujours béantes, avec ces mêmes questions suggérées : pouvons-nous, devons-nous, pardonner ? comment accorder pardon à une personne ne s’excusant pas ? le contexte familial fait-il, doit-il, modifier notre rapport au pardon ? quid du pardon envers soi-même ?

La chatte Princess Carolyn est l’ex-petite-amie de BoJack mais aussi, et surtout, son agent. Elle maîtrise son milieu, ce qui en fait une professionnelle imparable. À maintes reprises, elle sauve la mise de ses clients en usant de stratagèmes ou en faisant appel à son réseau. Sa problématique réside dans l’interdépendance entre son travail et sa personnalité ; elle s’abandonne dans sa profession mais est-ce réellement un abandon si cette profession est ce qu’elle est ? Se fondant dans son job sans compter les heures, ses clients (BoJack, Mister Peanutbutter, Diane, Todd…) faisant partie de son entourage proche, grimpant les échelons jusqu’à ouvrir sa propre entreprise, elle reçoit des appels nuit et jour pour des questions autour des carrières de chacun puis subit la pression liée à la concurrence. Sa passion pour son métier − et toutes les responsabilités qui en incombent − se paie par son absence de vie amoureuse, ce qui souligne ses paradoxes, encore une fois si humains. Son travail la rend aussi épanouie que malade, elle a beau l’aimer de tout son cœur, le manque de repos ne peut que jouer un effet néfaste sur sa santé mentale et provoquer des craquages ; son désir de maternité, mis en péril par ce manque de temps pour les amours ou un rôle dévouée de maman, la chagrine. C’est un cercle vicieux duquel elle peine à sortir et les façons dont le scénario l’éclaire m’a à plusieurs reprises marqués (par exemple Untilted Princess Carolyn’s Projet ou la campagne « Women Who Can Do It All »). Elle nous touche par sa détermination, sa force comme sa fragilité, et ses capacités d’adaptation hors normes.

Todd, initialement un jeune homme de dix-huit ans s’étant crashé sur le sofa de BoJack après s’être fait virer de sa maison familiale, se retrouve colocataire-canapé de l’acteur. D’un optimisme naïf, il semble ne pas percevoir la négativité et fait preuve d’un enthousiasme à toute épreuve. C’est ça, c’est le mot : Todd est enthousiaste. Il s’exclame sans cesse « Houray! » même s’il ne saisit pas vraiment les enjeux des situations. Il est sujet à de nombreux running gags : les responsabilités qu’on lui confie l’emplissent de joie car il se sent considéré, mais se dressent devant lui d’improbables et absurdes obstacles qui font d’un service rendu une épreuve considérable sans que les autres ne semblent s’en rendre compte. Aussi, sa créativité lui fait monter de nombreux projets plus ambitieux et extravagants les uns que les autres ; plus encore lorsqu’il se lie d’amitié avec le célèbre chien acteur Mister Peanutbutter dont l’optimisme n’est plus à prouver non plus. Ensemble, ils créent par exemple la boutique d’Halloween ouverte seulement en janvier, idée qui, comme les autres, leur semble révolutionnaire. Sans être carriériste du tout, il se retrouve à mener des carrières incroyables, même à être PDG d’une entreprise dont il ne connaissait rien la veille. Si sa vie familiale ambigüe est surtout creusée dans les dernières saisons, sa vie amoureuse est abordée ponctuellement. Sa façon de penser comme un enfant ayant des mots d’adulte lui permet d’appréhender son asexualité simplement. Lors d’un épisode où il rencontre la famille de sa petite-amie, une métaphore de la société hyper-sexualisée est filée à la façon d’une comédie burlesque. J’ai l’impression que, sous les rires qu’il provoque, Todd peut aborder des thématiques importantes tout en légèreté au contraire de Diane qui invoque un certain sérieux dans ses démarches engagées. 

Diane est une femme auteure, tout son parcours voit son reflet dans son écriture tout comme son engagement féministe. Elle veut se fondre dans quelque chose de plus grand qu’elle (elle est sûrement Verseau…), jouer un rôle dans une cause importante. Quand nous la rencontrons, elle est ghost writer et doit écrire le mémoire de BoJack. Pour ceux qui connaissent la série, mettez en parallèle ses différents métiers pour voir son évolution formidable. Vivant par procuration, elle ne signe pas ses récits et vit dans la maison de son mari, Mister Peanutbutter, qui a tout de lui – par exemple, ils dorment dans un grand panier pour chien, dans un environnement riche, ce qui n’est en rien ce qu’elle est et désire. De plus, elle a une famille à laquelle elle n’a pas le sentiment d’appartenir et qui lui montre ostensiblement son désintérêt (les mots me manquent pour exprimer brièvement sans spoiler, ce serait l’occasion d’une critique entière sur la famille Nguyen pour mieux évoquer la justesse du portrait familial en cendres et des mains pailletées de cette poussière de feu à force d’essayer de réunir les fantômes des frères et parents). Au travers de nombreux parallèles avec la réelle industrie du cinéma, Diane prend une position fondamentalement féministe qui est barrée par Princess Carolyn qui défend des intérêts commerciaux et les médias, que l’on connaît par le biais des émissions de la MSNBSea présenté par la baleine présentateur, qui défendent les violeurs / criminels (oh, tiens, violanski). Diane est à la recherche d’elle-même et livre de sublimes dialogues qui m’ont permis de remettre en question de nombreux sujets que je n’avais même pas pensé interroger. Elle fuit sans cesse, change de ville ou d’Etat, dans l’espoir de faire la paix avec elle-même en changeant l’extérieur. Dans cette quête de sa vie intérieure, nous la voyons grandir et vieillir, s’approcher comme se perdre, nous la voyons déprimer et s’exalter. Au travers de sa grande exigence envers elle-même, il me semble qu’elle nous apprend à se considérer avec gentillesse. Toute la patience qu’elle a pour les autres, toute la conciliation qu’elle offre à ses proches, si elle retournait toute cette indulgence et ce droit à l’erreur ainsi qu’à l’échec envers elle-même, elle serait soulagée d’un grand poids que ses standards de performance lui imposent. « We’re all just… guys, who do good stuff sometimes and bad stuff sometimes. And all we can do is try to do less bad stuff and more good stuff. ». 

Enfin, le chien Mister Peanutbutter apparaît avec cette même phrase « What is this, a crossover episode? » quand il se retrouve dans le même espace que BoJack Horseman et, comme Todd, a des running gags comme celui des soirées où il vogue de personnes en personnes en s’exclamant à propos d’une banalité alors qu’il promet de rester avec la personne qui l’accompagne. Il a aussi été acteur d’un série célèbre dans les années 1990 mais son succès est toujours d’actualité, il joue dans de nombreux autres films et séries. Il irradie d’une énergie positive et rayonne toujours par sa bonne humeur. Marié à plusieurs reprises, il fuit la solitude et garde une âme enfantine qui le rend influençable. À croire qu’il suffit de lui parler d’un projet avec un ton enthousiaste pour le voir s’embarquer dans des projets, on se joue de lui à plusieurs reprises. Il veut rendre les gens heureux ; plus exactement, il veut que les autres soient heureux grâce à lui. Pourtant, quand il veut faire plaisir, il pense dans une logique qui se rapporte à lui. Il organise alors des parties immenses pour sa femme Diane qui est introvertie car il adore les soirées, par exemple. Sa recherche du bonheur de son entourage se traduit aussi par sa difficulté à exprimer ce qui le dérange, par peur de les froisser ou de les blesser ainsi qu’un certain égoïsme. Il s’oublie au profit des autres tout en pensant principalement à lui, accepte des choses qui ne lui conviennent pas pour ne pas perdre ceux qu’il aime et se ment à lui-même, n’ose pas s’opposer franchement tout en espérant que les choses changent en sa faveur… Il me semble qu’il questionne l’importance de l’écoute que nous portons à notre propre voix et de la connaissance que nous avons de nous. À l’instar de Diane, il ne se cherche pas à se rencontrer et se rend compte à quarante ans qu’il n’a aucune idée de qui il est vraiment en dehors des personnages de cinéma qu’il incarne et des attentions qu’il porte à son entourage.

Le générique de début illustre pleinement le traitement du personnage secondaire dans la série : BoJack est au centre de l’écran alors que les autres défilent en arrière plan. Il y en aurait d’autres à citer comme Sara Lynn, Herb Kazzaz, Pinky Penguin, Hollyhock, Vanessa Gekko, Vincent Adultman, Ana Spanikopita ou encore Charlotte Carson pour ne citer que mes préférés.

Au-delà de certaines représentations, la série voit plus loin. Ils ne sont pas des campagnes ambulantes, vides de contenus, étant simplement là pour parler au nom d’une cause et passer les messages du scénariste. Cette série porte en elle une humanité finement dessinée dans les caractères et personnalités de chaque personnage. C’est dans leurs complexités, leurs dualités, leurs imperfections, leurs silences et, surtout, leurs rapports à eux-mêmes que nous nous reconnaissons en eux. Son regard est bienveillant envers les tares et les défauts de chacun ; il encourage à l’essai, rappelle le droit à l’échec, montre que l’on peut apprendre et grandir de ses erreurs, que tout n’est que nuances, que l’industrie actuelle de l’audiovisuel est infâme, et questionne le pardon comme le non-pardon envers les autres comme envers soi. Il ne juge pas et n’invite pas à la haine, les culpabilités suffisent à elle-même. Les relations toxiques, la solitude, la recherche frénétique du bonheur, les maladies mentales, les fuites géographiques, les addictions, la sexualité comme l’asexualité, la paix intérieure, la haine que l’on peut se porter, sont abordés et certains dialogues brillent de par leur poésie et leur résonnance. 

Concluons avec une citation de Diane : « I think there are people that help you become the person that you end up being and you can be grateful for them even if they were never meant to be in your life forever. ».

Merci infiniment d’avoir lu,

Kënza Simon-Auriol.

Je vous conseille ces trois autres smart reviews (with spoilers) sur BoJack Horseman : 

– A propos de la rehab addictive : Vulture

– Concernant le pardon : The Atlantic

– About les fins de Diane et Princess Carolyn : The Atlantic

La jalousie, Philippe Garrel, 2013

Critique par Mona Caligo 

Avant ce film, je n’avais encore jamais vu de film de Philippe Garrel, et quelle ne fût pas ma surprise en découvrant son cinéma. J’y ai trouvé toute la beauté, la poésie et la véracité de la vie à travers son long-métrage.

Il est évident que c’est le genre de film qui ne plaira pas à tout le monde; certains le trouveront long, ennuyeux ou même sans intérêt, mais le cinéma est aussi là pour diviser les goûts, et sortir d’une zone de confort pour explorer l’art au plus profond de lui-même. Et pour ce film, je vous demande de vous laisser emporter par son cinéma, car vous ne regretterez pas de le découvrir.

Ce film est pour moi une poésie filmée. Il raconte l’histoire de Louis, un homme se séparant de sa femme et retrouvant l’amour auprès d’une autre, et parle aussi de la fille de Louis, qui doit apprendre à connaître cette nouvelle femme. C’est ici un résumé assez vague que je vous fais, mais il est difficile de résumer ce film, tant il touche à énormément de thèmes différents. C’est avant tout pour moi un film qui se centre sur l’intériorité des personnages et leurs sentiments. On y voit la douleur de la mère, l’ignorance de la petite fille de Louis, la nouvelle femme de ce dernier qui semble assez instable et perdue dans sa vie, se raccrochant à Louis comme si il était sa seule raison d’exister, mais ce film est surtout centré sur les sentiments de Louis, perdu dans le vacarme de son existence, et dans les choix qu’il doit prendre.

On voit dans ce long métrage la difficulté que prend le personnage à faire des choix, mais aussi et surtout la difficulté qu’il a à réussir les différents sentiments qui le rongent à l’intérieur, passant par la colère, la désinvolture, la joie qui peut être courte mais intense, sa nonchalance, mais aussi et surtout sa jalousie.

Si j’ai autant apprécié ce film, c’est qu’il m’a touché personnellement. Sans rentrer dans les détails précis de ma vie, j’ai reconnu, à travers les personnages, les comportements nocifs et de jalousie maladive dont peuvent faire part les hommes dans la vie réelle, ce que ce film montre à la perfection. J’y ai reconnu des aspects de ma vie passée, et je pense que c’est un film utile que j’aurais aimé voir bien plus tôt. 

Si je ne m’étale pas trop dessus, c’est pour vous laisser l’occasion de le découvrir comme je l’ai fait, sans en connaître énormément, sans a priori ou impatience, et de prendre le film tel qu’il vous vient, de vous laisser prendre par ce dernier. Ouvrez vous à lui, et peut-être qu’il vous fera autant de bien et de mal qu’il m’en a fait. 

En résumé, c’est un film poignant, plein de véracité sur la vie et sur les comportements humains, et qui nous touche de par sa puissance à transmettre ce que je pense, beaucoup de gens vivent encore. 

Laissez vous submerger par les émotions qu’il vous apportera, vous n’en sortirez pas indemne. Ce film a une leçon à donner, une façon de décrire la vie si belle et si réaliste à la fois car, malgré la poésie qui en ressort, il reste un film dur, avec une superbe moralité sur la façon de voir la vie et, lorsqu’on finit de le regarder, on se sent chanceux d’être vivants, et on comprend qu’il n’est jamais trop tard pour pouvoir changer les tourments qui nous poursuivent. 

J’ai encore tellement de choses à dire là-dessus, mais je veux vous laisser le découvrir le plus naturellement possible, alors il ne me reste qu’à vous encourager à voir ce chef-d’œuvre, et à vous souhaiter une bonne séance.

Vive le cinéma. 

Hacksaw Ridge, Mel Gibson, 2016

Un déroulement scénaristique ambivalent mais un bouleversement cinématographique. 

Pensez à un film de guerre, introduisez-y tous les clichés possibles et racontez une histoire digne d’intérêt et d’admiration; vous venez d’écrire Hacksaw Ridge. Maintenant, embauchez Simon Duggan, faites appel à d’excellents acteurs.trices, ajoutez des effets spéciaux dans des décors grandioses; vous avez Hacksaw Ridge

Mel Gibson est ici à l’origine d’une œuvre très spéciale qui, pour qui la visionne attentivement, possède autant de qualités que de défauts. Les premières trente minutes sont précipitées et contextualisent maladroitement les personnages et leurs relations, on bondit dans le temps pour étudier de surface les bases de ce que nous allons voir pendant plus de deux heures de visionnage. Ici, peu importe la justesse du jeu des acteurs.trices ou l’émotion procurée par la musique, rien ne peut nous faire entrer au cœur du film et l’on pense déjà que tout est perdu.

Une fois ce cap de la demi-heure enfin atteint, toute la puissance et la justesse du travail de Mel Gibson commencent à transparaître et se canalisent dans une multitude d’images, de personnages et d’actions. Le film débute réellement: notre intérêt, après avoir été rudement mis à l’épreuve, est peu à peu éveillé et nos attentes commencent à s’aiguiser. S’ensuit alors un enchaînement sans fausse note de rebondissements intimes qui nous attachent enfin au personnage principal et à l’aura qui l’entoure.

Nous nous familiarisons peu à peu avec Hacksaw Ridge, son ambiance, son histoire et ses enjeux. Outre les scènes de bataille majestueusement réalisées et dont les images ne sauraient me sortir de la tête, c’est tout un monde qui est créé là-haut. Nous sommes constamment invités à plonger dans les fosses creusées par les explosifs pour apprendre à connaître tous ces soldats qui nous semblent si familiers alors que nous ne connaissons même par leur prénoms. Mêlant fraternité et violence, jonglant entre déshumanisation, bestialité et intimité, le film fait preuve de beaucoup d’intelligence et est riche en émotions. 

Hacksaw Ridge, de son titre francophone Tu ne tueras point, est l’un des rares films de guerre qui se vaut d’être vu pour son habileté et sa justesse, en vue du sujet qu’il traite. 

Avis écrit par Loris

Concevoir un site comme celui-ci avec WordPress.com
Commencer