La série Locke & Key

Par : Clémence Pétard

Sortie le 07 février 2020, cette nouvelle série a vu le jour par l’adaptation du comics de Joe Hill et Gabriel Rodriguez, réalisée par Joe.

Après l’assassinat de leur père à Seattle, Tyler, Bode, Kinsey ainsi que leur mère Nina emménagent dans une petite ville du Massachusetts afin de recommencer une nouvelle vie. Ils habitent dans la demeure familiale Locke, et, des événements étranges s’y passent… En effet le benjamin, Bode, découvre l’existence de clés magiques. Mais, des ils ne sont pas les seuls à connaître leur existence.

L’intrigue est très bien menée, l’ambiance globale fait penser à l’Ecosse (certaines scènes y ont été tournées), avec des atmosphères à la fois chaleureuses mais aussi froides. Nous retrouvons le typique lycée américain (avec la « populaire » et les sportifs), des petits clichés de séries américaines, mais qui ne focalisent pas toute l’intrigue dessus (pour une fois). 

La mère est présentée comme une ancienne alcoolique, ce qui change des personnages que nous trouvons d’habitude dans les séries. Durant les premiers épisodes, on ressent le mal-être des enfants qui ont déménagés et perdus leur père. Les acteurs sont très expressifs et ces expressions nous parviennent très bien à l’image.nous le montrent très bien. 

L’histoire fait beaucoup de références à Narnia, par exemple, seul les enfants peuvent voir ces fameuses clés, ce qui rend les péripéties plus intéressantes, puisqu’ils ne peuvent pas demander de l’aide aux adultes.

Il y a quelques petits défauts : certaines actions de personnages semblent stupides, ce qui nous amène plusieurs fois à nous dire « Non, mais pourquoi tu as fait ça ? ». Ou encore les histoires amoureuses de Tyler et Kinsey, qui sont un peu bizarres (je ne peux pas dire plus, sinon je spoile).

Locke & Key est une série sympa faisant passer le temps, et qui nécessite une seconde saison (au moins).

Dark et le personnage de Jonas Kahnwald

 

No spoil!

             Dark (2017 – …) est une série allemande écrite et réalisée par le couple Jantje Friese et Baran bo Odar avant d’être diffusée sur la plateforme Netflix. Il y a deux saisons de dix épisodes durant une cinquantaine de minutes chacun – et une saison trois est annoncée. Jouant sur plusieurs espace temps, la trame principale se noue en 2019 quand le fils d’Ulrich Nielsen, Mikkel, disparait de façon inexplicable. Trente-trois ans plus tôt, c’était son fère, Mads, qui était mystérieusement porté disparu.

Lors de l’annonce de sa sortie, la communication surfait sur la vague de l’engouement pour Stranger Things (2016 – …) des frères Duffer aussi présente sur la plateforme. Ayant vu les deux séries, je trouve que le parallèle est assez rapide voire superficiel. Même si des similarités existent comme le fait que les personnages principaux soient des adolescents, que les personnages travaillant pour la police jouent un rôle ambigu, et que la trame intègre des éléments surnaturels / fantastiques, le fond ainsi que la forme sont drastiquement différents. L’intelligence m’a énormément touchée – merci Nina pour le conseil ! Le propos porté sur la question du temps est fascinant.

  Avoir un personnage favori dans une série est une chose presque inévitable. Ici, un des personnages principaux nommé Jonas Kahnwald, joué par Louis Hofmann, apparaît comme un des plus appréciés par les spectateurs.

  Dans tous les épisodes, il subit un traitement de la caméra bien différent de celui des autres personnages. On le découvre avec des rayons du soleil lui caressant le visage, on observe ses traits fins grâce à des gros plans, son corps jeune dessiné. C’est un des seuls personnages que les plans mettent physiquement en valeur, dans une optique de sublimation je veux dire. On le montre par sa beauté, d’autant plus qu’il ne parle que peu. On le regarde plus qu’on ne l’écoute, et il est pourtant le premier à saisir la situation. 

Influencé par les séries américaines, il répond aussi à quelques clichés. Il est un jeune homme aux allures mystérieuses dont la délicatesse est montrée par le regard et les gestes. Comme au ralenti, les gros plans sur ses mains sont multiples. Ses expressions faciales, répétitives, sont présentées aux spectateurs qui doivent ressentir de l’empathie pour lui. Son histoire d’amour adolescent apporte un peu de souffle à ce contenu si compact. Finalement, on comprend très facilement les intentions de l’équipe de réalisation quant à notre rapport avec Jonas. 

Spoilers ! 

Si le Jonas adolescent doit être aimé, c’est parce qu’on réalise l’ambivalence de son personnage. Histoire à travers le temps où les personnages existent simultanément en diverses versions d’eux-mêmes à plusieurs époques de leur vie, le now-famous Adam, dont le nom emprunté à la Bible répond à son rôle de celui qui pèche, qui revient comme le personnage phare de l’autre côté du miroir, est en fait une version plus âgée de Jonas. Celui pour lequel nous avons beaucoup d’affection, celui qui a perdu son père, celui qui tente de retrouver le frère de son ami, celui que nous avons vu pleurer et faire preuve d’un courage infaillible, se retrouve être aussi le personnage qui est à la tête d’une sorte de secte pro-apocalyptique, qui fait enlever des enfants pour faire des expériences sur eux. C’est lui, quelques cycles de 33 ans avant ou après. La version la plus âgée de Jonas a le visage déformé et n’est à aucun moment en avant pour sa beauté mais bien pour sa malveillance, la version intermédiaire d’environ quarante-cinq ans est plusieurs fois comparé à un sans-abri à cause de sa longue barbe et de son manque d’hygiène. C’est sûrement pour cela que l’on insiste tant à présenter Jonas comme un bel et valeureux jeune adulte, pour brouiller les pistes du spectateur qui essaie de replacer les personnages à travers les époques.

Merci d’avoir lu,

Kënza Simon-Auriol.

De la lecture :

– time line de la série : Première

– complément de la time line : Première

– critique générale : Telerama

–  présentation de la série : Avoir à lire

Les Trois Masques n°2

En 1929, le premier film entièrement parlant européen sortait sur les grands écrans : Les Trois Masques d’André Hugon. Presque 100 ans plus tard, nous formons des trios pour que le cinéma rassemble à nouveau autour de discussions. Un masqué choisit un film à l’affiche des MK2 pour que deux autres personnes aillent au cinéma ensemble. 

Dans cette deuxième session un poil anarchique, c’est le masqué lui-même (Clémence Pétard) qui a décidé de s’enfermer dans la salle avec son comparse Nina Destout, pour voir le film : 


Le Cas Richard Jewell – Clint Eastwood

     Voici donc une critique croisée, avis mélangés de Clémence et Nina sur le dernier film de Clint Eastwood. 

Repris de faits-réels, Richard Jewell, homme qui a toujours voulu être policier, un « homme de justice », découvre une bombe lors d’un festival durant les J.O. d’Atlanta de 1996. Devenu un héros de la nation, il se retrouve ennemi public numéro un, car il est accusé d’avoir posé celle-ci.

Le cas Richard Jewell parle des médias et des polices. D’un côté la gentille police de proximité, proche des gentils américains, la méchante police gouvernementale de l’autre. Les médias sont montrés comme son instrument, ou comme celui de journalistes malhonnêtes. Dans le film, ils sont représentés par le personnage de Kathy Scruggs.

Vendue comme un thriller haletant, où nous ne pensions découvrir la vérité qu’à la fin du film, la réponse nous est donnée dès le début. Nous suivons seulement la vie de ce pauvre Richard, harcelé par les journalistes. Car si aimer sa mère et sa patrie suffit à faire un héros chez Eastwood, utiliser son corps pour soutirer des informations à un agent du FBI suffit à faire une femme.

Mais à la fin du film, la seule chose qui nous est venue à la bouche c’est la manière dont Clint Eastwood a dégradé l’image de la femme. En effet, celle qui a balancé cette accusation, une journaliste, est montrée comme une personne prête à tout pour avoir le « scoop » même à avoir une relation intime avec un agent du FBI. Ici, la femme est donc une « garce » sans pitié détruisant la vie de gens innocents. L’autre archétype féminin, celui de la mère, se résume à des larmes et à des Tupperware.

Niveau esthétique, le film n’a rien d’exceptionnel, sauf la scène lors du cauchemar de Richard, la caméra embarquée (et secouée) dans tous les sens donne des vertiges et peut faire ressentir ce que l’on peut vivre lors d’un moment aussi inquiétant. Ce sursaut onirique à la limite de l’expérimental ne dure malheureusement que 2 minutes 30.

Le reste du temps, Eastwood retranscrit l’omniprésence des médias par le montage, en parasitant la plupart des dialogues avec des sonneries de téléphones insupportables et des flashs d’appareils photos agressifs. On y voit aussi une sacralisation du petit écran, toujours allumé, autant mauvais annonceur que divertissement. Clint Eastwood aurait pu montrer le caractère déplacé des journalistes d’une manière peut-être plus subtile.

Le cas Richard Jewell se veut un manifeste de défense de la masculinité blanche américaine, et honnêtement excelle dans le domaine. Dommage que la seule question que l’on se pose en sortant de la salle soit : combien coûte la sacem de la macarena ? 

Pourquoi Wet Season m’a mise en colère ?

Spoilers !

Note d’avant lecture : Quand j’écris ce texte, nous sommes le huit mars et j’ai passé mon après-midi dans la rue à manifester sous la pluie pour les droits des Femmes (avec Jimmy, Mona, Nina) ; quand j’ai vu ce long-métrage, nous étions quelques jours après les César (violanski nommé meilleur réalisateur). Ces détails sont importants pour appréhender les conditions dans lesquelles j’ai visionné puis rédigé. Cette critique ne représente que mon avis et n’est pas le fruit d’une rédaction commune !

Alors qu’Angèle et Clémence se rendaient à la Nuit de Nikon au Grand Rex pour voir les courts-métrages du concours, Jimmy Mona et moi avons décidés d’aller au MK2 Beaubourg pour voir Wet Season (2020) d’Anthony Chen. Ce n’est qu’après la séance que j’ai découvert que c’était un homme qui avait scénarisé et réalisé le film (HOW SURPRISING), ainsi qu’il avait été nommé au 56th Golden Horse Awards pour le Best Director. Pourtant, c’est bien la réalisation qui m’a fait ressentir tant de colère et, surtout, les messages qui en découlent. 

Si j’ai voulu aller voir le film, c’est parce que le synopsis m’a donné envie. Il évoque la mousson et les pluies torrentielles de Singapour, me fait rêver de paysages que je ne connais pas, me présente une professeure de chinois nommée Ling enseignant dans un lycée de garçon, j’imagine des langues que je n’ai pas l’habitude d’entendre se mêler à l’écran, je problématise sa vie professionnelle qui ne lui plait pas et son mari qui s’éloigne malgré leur tentative de grossesse, je la vois déjà en femme forte et indépendante qui prend sa vie en main, puis conclu en insinuant une amitié avec un de ses élèves qui l’aidera à aller au deçà de sa solitude et à se réapproprier son existence, ici je cite. 

Pourtant me voilà devant le portrait d’une femme s’injectant des médicaments pour l’aider à tomber enceinte dans sa voiture, me voilà devant son beau-père très âgé malade et paralysé, me voilà devant un mari qui se fout de ses efforts quant à la grossesse et qui ne daigne même plus venir aux rendez-vous médicaux, me voilà devant cet homme qui abandonne son père, me voilà devant cet homme qui mène une double vie avec une femme ayant un enfant, me voilà devant une relation malsaine entre un lycéen d’apparence insouciante et cette femme de presque quarante ans profondément malheureuse, me voilà devant cet élève qui prend en photo les fesses de sa professeure à son insu en cours, me voilà devant cet étudiant qui la viole, me voilà devant la culpabilité de Ling, me voilà avec son renvoi. Me voilà devant Wet Season et me voilà en colère face à la façon dont tout cela est montré. Les images s’affrontent avec une violence qui ne peut décemment pas être contre-balancée par la douceur des plans. Au contraire, j’y vois ici une réalisation qui atténue la gravité de son histoire par une jolie photographie. Pire, n’est-ce pas là le regard de quelqu’un qui n’y voit aucune gravité ? Ce n’est pas le fond que je critique ou du moins pas directement, la vie de Ling peut être racontée au cinéma, mais c’est la forme que je ne peux cautionner. C’est par la mise en scène que l’on observe le point de vue du réalisateur, et ici on voit un homme qui a intégré la culture du viol et pour qui ces situations sont acceptables.

D’autant que le film tire sa conclusion sur Lin qui essuie les souffrances de chaque côté. Elle n’a plus d’emploi et ne pourra plus re-travailler dans le lycée. Sa dernière interaction avec Wei Lun est un câlin qu’il a exigé. Son seul souhait est d’être maman, elle tente depuis sept ans par tous les moyens de tomber enceinte, et quand elle y arrive enfin c’est après son viol – et on sait que Wei Lun est le so-called père puisque son mari n’a pas eu de rapport avec elle depuis longtemps. La scène finale évoque son retour chez sa mère avec qui elle n’a pas l’air d’entretenir une relation des plus aimantes. Sa seule revanche est le divorce qui lui permet d’avouer à son ex-mari qu’elle savait pour son adultère. Il me semble que le décès du beau-père lui a permis de prendre cette liberté, elle ne pouvait pas le laisser avant car elle était la seule – en dehors du personnel d’aide à la santé – à prendre soin de lui.

 Encore de la violence psychologique et le film en regorge ; il y a aussi les gémissements du vieil homme qui ne cessent de traverser les murs, les pleurs de Ling qui fait un test de grossesse, les gros plans sur son visage lors des examens gynécologiques et ceux sur son ventre lorsqu’elle se pique avec la seringue, les bruits de bouche suspicieux lorsque Wei Lun et Ling mangent le durian, le harcèlement dont fait preuve Wei Lun qui la force à lui prendre la main sans cesse et sa façon de céder à chaque fois pour qu’il arrête d’insister, la notion de consentement complètement ignorée,  les accidents de voiture manqués ou avérés à cause des caprices de Wei Lun… Puis cette pluie qui lave l’écran sans cesse, qui comble les silences et annonce les temps forts, qui rythme et qui semble tout justifier en métaphore : les actes lavés ou l’amour qui prend fin avec la mousson. 

A l’heure où je publie cette critique, je suis toujours partagée entre mon besoin de faire part de mon dégoût de l’œuvre et ma colère qui ne veut pas donner du crédit à un tel film. Ce n’est que ma lecture de reviews révoltantes (AlloCiné) qui a fait pencher la balance vers la rédaction de cette critique ; je ne peux décemment pas lire « Mélange de douceur et de délicatesse des émois d’un premier amour adolescent », « Ling se découvre au travers de sa relation avec Wei Lun » ou « effusion de passion » / « scène d’amour » pour évoquer la scène de viol filmée dans un plan fixe abject, sans vouloir donner de mes mots. 

Au plaisir de débattre avec vous,

Kënza Simon-Auriol.


Pour poursuivre la lecture :

Le Bleu du Miroir

Portrait de la jeune fille en feu, Céline Sciamma, 2019

Critique par Mona Caligo

J’ai longuement hésité à faire une critique sur Portrait de la jeune fille en feu, tout simplement parce que je le trouve parfait. Je sais, au cinéma rien n’est parfait, mais je ne trouve pas d’autres mots pour le décrire.

Le film se passe en 1770 et raconte l’histoire de Marianne (Noémie Merlant), une peintre qui doit réaliser le portrait de Héloïse (Adèle Haenel), une jeune femme devant se marier et venant de quitter le couvent. Cette dernière n’a pas envie de se marier et refuse de poser, Marianne va donc la peindre et la regarder en cachette afin de réussir à produire son portrait.

Je pense que même en utilisant tous les mots possibles de la langue française, je n’aurais jamais assez de mots pour vous décrire à quel point j’ai aimé ce film, et à quel point je l’aime et l’aimerai à jamais. Il m’a fait ressentir ce que rarement des films m’ont fait ressentir: l’envie de vivre, de me révolter, l’envie de l’amour. Il m’a fait comprendre à quel point la vie est belle et à quel point il faut aimer, parce que l’amour est une chose magnifique, mais aussi très fragile, et c’est pour moi ce qui ressort de ce film: une fragilité, mais aussi une puissance que je n’avais que très peu vue dans des long-métrages. 

Vous trouvez peut-être cela légèrement cliché, et je vous comprends, mais ce film est bien différent de ce que vous avez l’habitude de voir, et je vous demande de me croire. 

Je suis sortie en sanglots de la première séance (ainsi que de la deuxième) et malgré cela je n’ai jamais autant éprouvé le besoin de dire je t’aime.

Ce film vous transportera, vous fera ressentir une profonde tristesse, mais aussi un profond sentiment de légèreté et de courage, de tourments et d’envie de se sentir vivants, et vous fera ressentir toute l’ivresse et la dureté dont fait preuve la vie.

A travers son esthétique sublime digne des plus belles peintures, ce film vous fera voyager dans l’univers si beau et si cruel de ces deux femmes, condamnées par l’amour. Derrière ce cadre sublime se cache la douleur de l’autre.

De plus, c’est un film qui traite à merveille de la place de la femme dans la société et qui renvoie à notre société actuelle car les mêmes thèmes y sont traités, mais c’est aussi le meilleur film que j’ai pu voir traitant de la communauté LGBTQ+ , car il ne montre pas seulement les relations charnelles, mais bien l’amour, le sentiment d’impuissance, le tourbillon qui nous emporte, la façon dont tout peut s’arrêter mais la fureur avec laquelle nous sommes prêt.e.s à nous battre pour rester et aimer. ♥

Je vous demande de voir ce film. Pour le bien des femmes. Pour le bien des minorités qui, pour une fois, ont une représentation parfaite de la difficulté d’aimer, encore dans notre société.

Je ne remercierai jamais assez Céline Sciamma pour tous les superbes films qu’elle a pu faire et que j’ai absolument adorés (elle a aussi été scénariste pour Ma vie de Courgette de Claude Barras et Quand on a 17 ans d’André Téchiné que je vous conseille absolument), et je ne remercierai jamais assez non plus Adèle Haenel et Noémie Merlant pour tous les combats qu’elles mènent, pour leur jeu incroyable et pour le bien qu’elles apportent toutes les trois au cinéma français, qui mérite bien plus de réalisatrices, de femmes, et de jeunes filles en feu pour le révolutionner.

Vive les femmes, et vive le cinéma.

The Circle, Aaron Hann et Mario Miscone, 2017

Réalisé par Aaron Hann et Mario Miscone, The Circle est un film de science-fiction américain sorti en 2017, il est disponible sur Netflix. 

L’histoire est très simple: cinquante personnes se réveillent dans une pièce sombre, positionnées dans des cercles rouges. Toutes les deux minutes une personne est foudroyée. Très vite, le groupe comprend que par le vote, c’est à lui de décider qui meurt ou non. Chacun va se poser des questions pour déterminer qui a le mérite de vivre.

Pour rester dans la géométrie, le film The Circle possède le même schéma que Cube, sorti en 1997 (de Vincenzo Natali). Des personnes sont enfermées et elles doivent résoudre une énigme avec des morts à chaque mauvais coup. C’est comme un escape game géant mais dans The Circle, tout se passe dans la même pièce, il faut rester à sa place (sinon on meurt). 

Circle est moins violent que Cube, mais il fait réfléchir car il aborde les thèmes que rencontrent notre société aujourd’hui: la richesse, la maladie, la sexualité,… comme si ces questions devaient déterminer si nous pouvions vivre ou non. 

D’un point de vue esthétique, les acteurs sont positionnés en cercle ; d’où le nom. Pour illustrer cela, nous retrouvons beaucoup de panoramiques, on a ainsi l’impression d’être dans cette pièce avec eux.

Les couleurs dominantes sont le rouge et le noir, ce qui ressemble (légèrement) aux roulettes dans les casinos, mais également à la Roulette Russe, comme nous ne savons pas pourquoi les personnages sont là et comment ils ont été choisi. Il y a tout une question de hasard qui est établie, ce qui renforce encore plus le côté mystérieux du film.

The Circle est une belle réussite car une fois le film fini, on ne peut que se demander “qu’est-ce que je ferai à leur place?” Nous ressortons avec tout un tas d’émotions qui nous font encore plus se sentir humain.

Clémence Pétard

The Gentleman, Guy Ritchie, 2019

Un chef d’œuvre de “crime film” qui fait honneur à la singularité du réalisateur et au talent des acteurs.

Après s’être déchaîné avec Snatch, Guy Ritchie revient pour imposer son style et ce pour notre plus grand plaisir. Construit autour de génies du cinéma, The Gentlemen est l’apogée d’une collaboration exquise entre maîtrise technique et talent esthétique. 

C’est dans une concrétude absolue qu’évoluent ces personnages qui semblent pourtant hors du temps, dans une réalité altérée dans laquelle tout le monde a du charisme et des raisons de  se battre. Cette ambivalence est le résultat du coup de maître de Guy Ritchie qui sait comment captiver le spectateur alors qu’on est simplement en train de lui raconter une histoire.

Quelle complexité, quels rebondissements, quelle finesse, mais quel dommage que le film manque parfois de classe à l’image de ces gentlemen. Tout au long du récit, on ressent la retenue dont fait preuve le réalisateur pour ne pas déborder dans ce qu’il a déjà fait auparavant, le caractérisant pourtant. Finalement, cela apporte une certaine forme de  tension. Malgré ce, quelle malheureuse surprise lorsque l’on voit arriver cette obscénité en plein dans notre figure. Le soucis n’est pas tant le manque de finesse passagé mais plutôt l’apparent contraste qui nous est alors imposé, remettant en cause le titre même de l’œuvre; mais encore une fois, on ne va pas voir un film de Guy Ritchie pour être en accord avec lui. C’est une tâche microscopique sur une toile majestueuse. 

Je souhaitais réserver un paragraphe entier pour faire l’éloge des act.eur.trice.s et de leur direction qui est sans aucun doute l’une des meilleure de la décennie dernière. Rires nerveux, sourires en coin, hauts le cœur, tant d’évènements incongrus qui vous traversent en suivant l’évolution de ces personnages à la construction fantastique. C’est tout bonnement jouissif d’entendre Hugh Grant conter son histoire, de suivre le trio Hunman-McConaughey-Dockery, de ressentir la tension entre Golding et Strong et de voir, tout simplement, Colin Farrell.

The Gentlemen est un film à déguster au cinéma sous peine de manquer ne serait-ce qu’un détail de ce labyrinthe d’idées qui mérite d’être partagé avec un passionné du septième art.

Avis écrit par Loris

La place de l’auteur dans The Good Place

CE QUI SUIT CONTIENT MOULTES DIVULGACHEURS, SA LECTURE EST À VOS RISQUES ET PÉRILS, bisous

Michael Schur est un héros. Si vous êtes familier avec les sitcoms et autre contenu télévisuel outre-atlantique, il vous est impossible d’être passé à-côté d’une de ses blagues. D’abord auteur au Saturday Night Live, il devient l’un des auteurs réguliers de la série The Office dans laquelle il tient un (tout) petit rôle. Michael Schur co-crée ensuite Parks and Recreation et Brooklyn Nine-Nine. C’est déjà très impressionnant. Mais il ne s’arrête pas là, et crée sa propre série, la première sur laquelle il a un contrôle total, The Good Place

Si la première saison est narrativement classique, à partir de la saison deux, la série devient une mise en abîme du travail de l’auteur : on se concentre sur Michael, l’Architecte, qui recrée encore et encore différentes versions du même univers, jusqu’à ce que celui-ci lui paraisse satisfaisant. De la même manière qu’un showrunner réécrit ses scripts à l’infini. 

En plus de partager le même nom que le showrunner de la série dont il est un des personnages principaux, Michael l’Architecte partage également ses obsessions : créer un monde parfait, pour contrôler ses personnages comme il le souhaite. Son équilibre s’effondre lorsque Eleanor se rend compte qu’elle et ses amis sont manipulés par Michael : leur paradis est artificiel, ils vivent en réalité dans un enfer sur-mesure créé de toutes pièces. 

Les personnages parviennent à chaque fois à s’affranchir de leur auteur, même après 800 versions du scénario. Michael n’a pas d’autres choix que de les laisser décider de leur propre sort. C’est une métaphore de l’auteur, celui qui doit accepter de laisser ses personnages évoluer d’eux-mêmes, avant de se rendre compte qu’il préfère la vie à leurs côtés, à celle de démon omniscient. Cette sympathie pour la race humaine ira jusqu’à le faire renoncer à ses pouvoirs pour devenir mortel, et ainsi, après sa mort, devenir un personnage de l’univers qu’il a lui-même créé. 

Gen, littéralement Dieu qui décide du sort de l’enfer et du paradis, est une femme sympathique d’âge moyen, accro aux séries télévisées. Du contenu infini pour occuper son temps infini. Elle semble être une personnification du public, celui qui finit par avoir le dernier mot sur le sort des personnages. Son désir de supprimer la planète Terre et les humains n’est absolument pas une décision dramatique pour elle, de la même manière que voir une série s’arrêter en cours de route n’est en définitive fatal que pour son auteur. 

Plus largement, cette série témoigne d’un amour profond des mots, et repose sur une formule simple : si on le dit c’est que c’est vrai. Ainsi, il suffit de dire que cette dame contient tout le savoir de l’univers ou qu’il existe un quatrième frère Hemsworth pour qu’on y croit.      

Et entre deux cours de philosophie et le sauvetage de l’univers, on y apprend que le sens de la vie c’est de ne pas en connaître la fin, un peu comme avec les histoires. 

Nina Destout

Las Chicas del Cable, Ramon Campos et Gema R. Neira, 2017

Première série Netflix tournée en Espagne, Las Chicas del cable (ou Les Demoiselles du téléphone) sort le 28 avril 2017 sur la plateforme.

Dans les années 1920, quatre jeunes femmes ainsi que de nombreux autres personnages évoluent dans une entreprise téléphonique madrilène. Alba, figure principale, est accusée du meurtre d’un couple au sein duquel on sait le mari possessif et la femme envieuse de liberté : on pose les bases des enjeux de série. Société très patriarcale et corrompue oblige, l’héroïne change d’identité pour se faire engager dans la société et voler la direction pour les forces de l’ordre assoiffées de richesse, en échange de sa liberté. En se retrouvant confrontée à son passé, elle fait également la rencontre de plusieurs profils, que l’on suivra durant les cinq saisons, prenant très vite pour la plupart une grande valeur dans l’intrigue.

Après quelques premiers épisodes très prometteurs quant à la concentration de la série sur le féminisme où l’on séduit pour résoudre les rouages d’une société de chantage, on doit bientôt chercher ce qui ne relève pas d’ennui causé par la séduction. C’est un peu l’arroseur arrosé de la drague où les sentiments sont sincères mais où le destin semble s’abattre sur les personnages de manière systématique, ce qui peut avoir tendance à rendre le spectateur irrité des réactions dramatiques des personnages. Après quatre saisons dans l’Espagne prospère d’avant la guerre civile, Netflix décide de nous en proposer une cinquième en plein déchirement du pays, avec la promesse de nouvelles péripéties à la clé : les demoiselles du téléphone sont de moins en moins liées à l’essence du scénario : le téléphone. 

Attention, si vous êtes pointilleux du costume d’époque, vous serez certainement déçus par quelques pièces clichés des soirées mondaines, sans pour autant que celles-ci tombent complètement dans le déguisement.

Malgré les enjeux féministes qui dérivent à l’eau de rose et les minces faux-pas de la série, on s’attache aux figures principales, qui lorsqu’elles redeviennent nos contemporaines sous les visages d’actrices et d’acteurs semblent encore des apparitions des années 1920/1930 ; bref, les directeurs de casting ont réussi leur pari. Si l’intrigue générale semble parfois un amas d’histoire de cœur, chaque personnage connaît une évolution notable : passage à l’action féministe politique, émancipation personnelle, ouverture d’esprit, etc., chacun peut y trouver son compte de suspens, d’Histoire ou d’émotion.

À voir en version originale sous-titrée pour ne pas avoir les oreilles sanglantes.

Louise

Les Trois Masques n°1

En 1929, le premier film entièrement parlant européen sortait sur les grands écrans : Les Trois Masques d’André Hugon. Presque 100 ans plus tard, nous formons des trios pour que le cinéma rassemble à nouveau autour de discussions. Un masqué choisit un film à l’affiche des MK2 pour que deux autres personnes aillent au cinéma ensemble.

Etant l’heureux premier duo, Corentin Claeysen et Kënza Simon-Auriol se sont rendus au MK2 Bastille pour voir Un Divan à Tunis (2020) de Manèle Labini, la séance proposée par Louise Rivoiron. Cet avis post-ciné est lisible pour ceux qui ne l’ont pas vu et qui souhaitent le voir.

L’héroïne de ce film, Selma Derwish, 35 ans, est une femme tunisienne qui vivait en France depuis ses 10 ans. Le film commence avec son installation dans sa maison familiale en Tunisie. Elle décide ambitieusement d’y ouvrir un cabinet de psychanalyse sur le toit. afin d’offrir la possibilité aux habitants tunisiens de bénéficier de cette science peu répandue dans un pays qui a connu le protectorat de la France et le printemps arabe avec la chute de Ben Ali. Son entreprise se verra bousculée par l’incompréhension de ce métier aux principes relativement vagues et abstraits pour ses nouveaux patients qui lui demandent des médicaments. On lui dit d’abord que son affaire n’intéresse personne, mais rapidement les patients se retrouvent conquis par les consultations. De plus, Selma étant immigrée, elle doit s’adapter aux coutumes locales, bien différentes de la vie parisienne. Malgré ses origines, elle aussi est influencée par certains stéréotypes en pensant pouvoir installer son cabinet sans obtenir une autorisation légale. Le film présente la Tunisie comme un pays en difficultés, comme le suggère un gag où un policier procède à un éthylotest peu rigoureux, mais surtout comme un pays en reconstruction. 


Malgré un protagoniste béninois, c’est-à-dire qu’il n’exprime pas ses sentiments, dont on ne peut pas lire les émotions sur le visage, mettant une distance avec presque tous les autres personnages, on s’attache à Selma. Si son désir d’exercer est mis en péril par de nombreux obstacles et constitue l’histoire première d’Un Divan à Tunis, nous eûmes la sensation d’oublier sa lutte en espérant simplement revoir les personnages hilarants qui lui causent des soucis ; comme le personnage de la secrétaire dont le fond d’écran change à chaque séquence ou encore le patient rêvant d’embrasser des dictateurs (déjà présent dans la bande-annonce). Les clins d’oeil politiques sont nombreux mais très subtils ; le spectateur est libre de les voir, de les comprendre, et peut très rapidement les oublier en faveur d’un comique de répétition et d’un ton humoristique portés sur toute la pellicule. C’est une des premières choses qui nous a frappé alors que nous sortions du cinéma, nous avions le sourire et étions de bonne humeur. Nous avons éclaté de rire à quelques reprises, même s’il ne s’agit pas de la comédie de l’année à nos yeux : nous avons passé un bon moment !

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